Malaisie : l’ancien Premier ministre Mahathir Mohamad continue de décrier ses successeurs

Publication: 11/05/2016

L’ancien Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad n’en finit pas d’accuser ses successeurs de corruption. Après avoir obtenu le départ d’Abdullah Ahmad Badawi en 2008, il s’en prend désormais à Najib Razak. Mais cette fois-ci, ses manœuvres politiciennes pourraient bien se retourner contre lui.

Certaines habitudes ont la peau dure. Aussi, il semblerait que l’ancien Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad, qui a dirigé le pays d’une main de fer de 1981 à 2003, soit de ceux chez qui le goût de gouverner ne passe pas, comme le prouvent ses ingérences répétées dans la vie politique du premier parti politique du pays, l’Organisation nationale unifiée malaise (UMNO). L’objet de ses dernières foudres n’autre que Najib Razak, actuel dirigeant du parti et Premier ministre malaisien, qu’il accuse de corruption. Rappelons que le pays fut ébranlé par l’énorme scandale de corruption visant la société publique 1Malaysia Development Berhad (1MDB), lors duquel le détournement de plus de 4 milliards de dollars par des entreprises malaisiennes fut révélé par la justice suisse. L’ancien Premier ministre accuse l’actuel de n’être pas étranger à cette affaire, en veut pour preuve un versement sur le compte personnel de Najib Razak d’un montant de 681 millions de dollars (soit 600 millions d’euros). Un versement qui a bien eu lieu, en mars 2013, comme l’ont révélé le Wall Street Journal et le Sarawak Report, mais dont l’origine n’est pourtant pas à aller chercher du côté de la 1MDB.

Il a en effet été démontré que cette somme n’était pas issue des détournements d’1MDB, mais qu’il s’agissait d’un versement effectué par le royaume d’Arabie saoudite. Le versement a ainsi été officiellement confirmé par le ministre des Affaires étrangères saoudien, Adel Al-Jubeir, présentant les documents qui motivent cette donation politique. Faits corroborés par la Australian Broadcasting Corporation dans un documentaire d’investigation qui a étudié les visites de Najib Razak en Arabie Saoudite, les dates des documents et des versements. La justice s’est également prononcée sur l’affaire il y a près d’un an, et le procureur général Apandi Ali de l’Agence malaisienne anticorruption avait alors écarté les accusations de détournements de fonds publics. Ces avancés n’ont pourtant pas semblé convaincre Mahathir Mohamad : « Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une donation. Je pense que personne ne donnerait une telle somme, Arabe ou non… Je suis encore convaincu que cet argent est en lien avec 1MDB ».

S’agirait-il d’une calomnie a visée politique ? Tout l’indique. Et Mahathir Mohamad est coutumier du fait, puisqu’il s’en était déjà pris au précédent Premier ministre Badawi, en 2008, qu’il avait pourtant personnellement nommé peu avant, estimant que ce dernier s’éloignait un peu trop de la ligne politique qu’il avait initiée. Abdullah Ahmad Badawi avait également fait l’objet d’une vaste campagne de déstabilisation visant à le débarquer de ses fonctions, campagne au cours de laquelle Mahathir Mohamad était allé jusqu’à quitter ses fonctions au sein de son parti. C’était « lui ou moi » disait-il alors. Ces attaques avaient alors atteint leur objectif. La stratégie n’est donc pas neuve : si l’un de ses poulains lui tient tête, Mahathir fait pleuvoir les accusations jusqu’à obtenir son départ et le remplacer par un Premier ministre plus conciliant. Sorte de Chronos qui dévore sa descendance, l’ancien dirigeant ne cherche même plus à cacher son souhait de conserver les rênes du pays. Et les mêmes faits se répètent : d’abord les accusations de corruption, puis le 29 février, il quittait l’UMNO, qualifiée de « parti Najib. »

Pour comprendre ce goût de l’ingérence, il faut se représenter le « système Mahathir » – un savant mélange d’autoritarisme et de prises de parti économiques. L’homme l’a lui-même confessé en conférence de presse il y a un mois avoir « été un dictateur. » Dénoncée par nombre d’ONG et d’organisations de protection des Droits de l’Homme à l’époque, sa ligne politique ne semble pas avoir bougé aujourd’hui, alors qu’il tente d’imposer ses choix à la tête du pays. A cela il faut ajouter une fâcheuse tendance à gommer la ligne qui sépare politique et affaires, tendance qui elle-même ne s’est pas arrêtée avec la fin du mandat de Mahatir. Ce dernier a ainsi reproché à ses successeurs de ne pas avoir assuré la continuité des projets lancés lorsqu’il était au pouvoir, notamment la construction d’un pont, projet dans lequel sa participation économique est avérée. C’est le refus de poursuivre ce projet « boiteux » dans « un contexte économique national morose » qui avait d’ailleurs valu à Al Badawi de s’attirer les mauvaises grâces du despote, fraichement retraité, en 2006.

Cette tentative pourrait cependant s’avérer celle de trop. Le mois dernier, Dr Mahathir s’est vu contraint de démissionner de plusieurs postes d’influence qu’il occupait au sein d’organismes économiques tels que Proton Holdings, dont il était président, l’Universiti Teknologi Petronas (UTP) où il était chancellier, Langkawi Development Authority (LADA) et Tioman Island Development Authority (TIDA) où il était conseiller. Une disgrâce qui pourrait consacrer de fait la fin d’une direction officieuse du pays, qui date de son départ officiel en 2003.

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