Tchad, tourner la page du passé et rassembler

En attendant le dialogue national inclusif qui devrait s’ouvrir début 2022, Mahamat Idriss Déby multiplie les signes d’apaisement et affirme sa volonté de “faire table rase des vestiges hérités des périodes sombres” du Tchad. Dernière mesure en date, deux textes d’amnistie générale des rebelles et opposants politiques condamnés pour “atteinte à l’intégrité de l’Etat”, qui devraient permettre de faciliter le dialogue national.

Projets de loi d’amnistie générale

Tourner la page du passé” : c’était l’engagement exprimé par Mahamat Idriss Déby, lors de son adresse à la Nation à l’occasion du 61ème anniversaire de l’indépendance du Tchad. Les deux projets de lois d’amnistie présentés et adoptés lundi 29 novembre en Conseil extraordinaire des ministres en sont désormais la traduction concrète. Grâce à eux, le Président du Conseil National de Transition (CNT) peut enfin espérer “faire table rase des vestiges hérités des périodes sombres de notre pays”, et avancer dans la construction d’un “Tchad de paix, de stabilité et de sécurité en associant tous les Tchadiennes et tous les Tchadiens”.

Y compris, donc, ceux “qui, pour une raison ou une autre, avaient choisi la voie de l’exil et/ou de la violence pour exprimer leurs divergences politiques”, qui se voient aussi accorder une amnistie générale. Au total, ce sont 296 personnes qui sont concernées par ces deux textes. Le premier, qui doit encore être soumis au Conseil National de Transition, concerne “39 personnes condamnées pour des faits d’atteinte à l’intégrité de l’Etat et de délits d’opinion”. Quant au second, il s’attarde sur les “257 membres” de groupes armés, détenus depuis 2019 et jugés pour des faits de “terrorisme, de complicité, de recrutement et d’enrôlement des mineurs dans les forces armées”.

Au-delà de l’amnistie, ces projets de loi constituent un appel aux différents groupes politico-militaires, les enjoignant de participer au dialogue national inclusif à venir.

Préparer le dialogue national

Celui-ci devrait s’ouvrir en février ou mars 2022, et rassembler tous les acteurs politiques, dont les opposants et les chefs rebelles. Makaila Nguebla, dissident politique réfugié en France depuis 2013, évoque cette volonté de Mahamat Idriss Déby de rassembler les Tchadiens : “Il nous a donné sa parole que nous pourrions rentrer sans souci. Il est à la recherche de nouvelles têtes pour l’entourer et nous a proposé de travailler avec lui si nous le souhaitions ».

Déjà début novembre, les principaux groupes rebelles tchadiens s’étaient dit “disposés” à participer à ce dialogue, sous certaines conditions. L’amnistie générale en faisait partie. Reste à savoir si les opposants politiques saisiront ce geste du pouvoir en place en faveur de la réconciliation. Certaines formations ont ainsi exigé des “conditions de confiance”, à l’instar du parti des Transformateurs de Succès Masra. De son côté, l’opposition tchadienne Wakit Tama déclarait en juin 2021 être prête au dialogue, là encore sous certaines conditions. 

“Volonté de tourner la page”

Ces deux textes d’amnistie traduisent une volonté de la part du pouvoir en place de poser la base d’un nouveau dialogue entre les différentes parties prenantes. Le ministre de la Communication, Abderaman Koulamallah, a ainsi rappelé la volonté du chef de l’Etat de “tourner la page du passé, et l’amnistie était l’un des préalables des politico-militaires pour participer au dialogue national. La philosophie de cette mesure est de permettre à tout le monde de rentrer à la maison”.

Ces deux textes s’inscrivent par ailleurs dans la lignée des signes d’apaisement envoyés par Mahamat Idriss Déby depuis son arrivée au pouvoir. Parmi eux, la promesse d’élections libres et transparentes dans un délai de 18 mois renouvelable une fois, l’ouverture du dialogue avec l’opposition, ou encore la promotion d’une transition pacifique. De quoi mettre en place cet “engrenage de la paix” qu’évoquait le 3 décembre dernier Acheick Ibn Oumar, ministre en charge de la Réconciliation nationale.

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