Nuages noirs sur Chine rouge

Publication: 10/10/2019

Xi Jinping se voit comme le successeur de Mao Tsé-toung. Mais la démonstration de force organisée par Pékin pour les 70 ans de la fondation de la République populaire masque mal les nombreux défis auxquels “l’empereur rouge” doit faire face pour pérenniser le régime.

Pour la commémoration de la fondation de la République populaire il y a 70 ans, la Chine a mis les petits plats dans les grands. Un gigantesque défilé militaire – le plus grand jamais organisé dans le pays – a permis d’exhiber les nouveaux armements chargés de combler le retard technologique du pays sur les États-Unis. Le président Xi Jinping a ensuite passé les troupes en revue le long de l’immense avenue de la Paix éternelle qui traverse Pékin d’est en ouest. Cent mille civils ont suivi à bord de chars allégoriques, chantant et dansant à la gloire du Parti.

Une somptueuse parade destinée à montrer au monde la “grandeur rouge” et à assouvir la fierté recouvrée de ce pays de 1,4 milliard d’habitants devenu la deuxième puissance économique de la planète. “Rien ne peut ébranler les fondations de notre grande nation. Rien ne peut empêcher la nation et le peuple chinois d’aller de l’avant”, a lancé Xi Jinping avec son emphase patriotique habituelle, du haut de la porte Tiananmen.

Xi Jinping, “l’empereur rouge”

Héraut de la “grande renaissance de la nation chinoise”, Xi Jinping a accru l’autorité du régime depuis son arrivée à la tête du Parti communiste chinois (PCC) fin 2012, puis de l’État début 2013. L’homme veut incarner le retour au premier plan d’une superpuissance moderne et respectée à l’horizon 2050. L’année dernière, les députés de l’Assemblée nationale populaire (ANP) ont plébiscité un changement de la Constitution qui limitait jusqu’alors les mandats présidentiels à deux fois cinq ans. L’amendement adopté fait également entrer “la pensée Xi Jinping” dans la Constitution, tout comme “le rôle dirigeant” du PCC dans son article premier. Le numéro un chinois, qui a repeint sa présidence d’un rouge vif, incarne en effet le retour aux fondamentaux du régime et se voit comme le successeur de Mao Tsé-toung après la parenthèse “libérale” de Den Xiaoping. Chef du Parti, de l’État et de l’armée, il s’inscrit plus que jamais dans la filiation du Grand Timonier, éliminant les voix discordantes sous le prétexte d’une campagne anticorruption qui l’autorise à éliminer ses rivaux.

Hong Kong, une épine dans le pied de Xi

Mais “l’empereur rouge” n’en fait pas moins face à une accumulation de défis menaçant d’affaiblir son pays. La situation explosive à Hong Kong, où les manifestations ont lieu contre le pouvoir chinois depuis quatre mois, n’est pas le moindre. Lors de son allocution du 1er octobre, Xi Jinping a rappelé que Pékin resterait fidèle au principe “un pays, deux systèmes” auquel les manifestants n’accordent plus aucun crédit. De fait, depuis le début du mouvement, le président chinois joue la carte du pourrissement, en comptant sur un retournement de l’opinion. En vain. La nouvelle loi d’urgence imposée le 4 octobre par Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif hongkongais, interdisant le port du masque durant les manifestations n’a pas eu l’effet dissuasif escompté. Le soir même, de violentes échauffourées ont opposé policiers et manifestants “pro démocratie”. Pour Xi Jinping, que l’ont dit hanté par l’éclatement de l’Union soviétique, Hong Kong est plus qu’une épine dans le pied. C’est un cas d’école mettant à l’épreuve sa capacité à assurer la pérennité du régime.

La guerre commerciale avec les US, un défi majeur

Le conflit avec les États-Unis, qui expose la Chine à des risques dont elle ne maîtrise pas les effets, est l’autre défi majeur du moment. Cette guerre commerciale, matérialisée par la hausse des droits de douane américains sur les importations chinoises, entraîne une chute de la croissance en dessous de 6%. Ironie du calendrier en cette année du cochon, une épidémie de peste porcine vient ajouter à la morosité économique et pénalise le pouvoir d’achat des Chinois, ébranlant la stabilité sociale érigée comme une priorité par le régime. Le porc est l’élément de base de la consommation des ménages, ce qui rend le sujet explosif. Pékin a ainsi été contraint d’annoncer, le 13 septembre, la suppression des droits de douane sur le porc importé des États-Unis. Un bien mauvais signal envoyé au rival américain qui, de son côté, menace de durcir encore ses positions.

Des frictions entre réformateurs et idéologues au sein du Parti expliqueraient en grande partie certaines hésitations stratégiques et notamment l’échec des négociations commerciales avec les États-Unis. Xi Jinping doit en effet composer avec des avis contraires au sein de sa garde rapprochée et ce traditionnel exercice d’équilibriste dans les hautes sphères dirigeantes chinoises risque de faire des mécontents, comme cela s’est vu dans le passé.

Ainsi, si les célébrations des 70 ans du régime auraient dû être l’occasion d’afficher l’unité du Parti et la grandeur du “socialisme à la chinoise”, le rendez-vous semble quelque peu manqué. A l’image des manifestants hongkongais qui ébranlent son rêve d’unité chinoise, l'”empereur rouge” se voit contraint de sortir le parapluie sous les nuages noirs qui menacent les équilibres du pays.

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