Monaco Resources Group sous surveillance en Afrique ?

Publication: 10/02/2020

Certaines activités du conglomérat monégasque Monaco Ressources Group (MRG) seraient dans le viseur des dirigeants africains. Le groupe n’en continue pas moins de s’étendre sur le continent. Explications…

De quoi Monaco Resources Group (MRG) est-il le nom ? Dans l’oeil du cyclone depuis une enquête de la lettre confidentielle Africa intelligence, la holding monégasque active dans les mines, la logistique, l’agriculture et l’énergie, est mise sous pression en Afrique où elle compte une centaine de filiales réparties dans une vingtaine de pays.

Les révélations du média jettent en effet le trouble sur la personnalité de son controversé président administrateur délégué, l’Allemand Axel Fischer, par ailleurs cofondateur de Monaco Resources avec Pascale Younès, la directrice exécutive du groupe et de ses nombreuses filiales. L’homme a été condamné en 2006 par le tribunal de Halle, en Saxe-Anhalt, pour sa participation à la gestion de la fonderie d’alumine est-allemande, Aluhett. L’enquête ouverte dès 1998 contre Fischer et ses associés pour fraudes aux aides d’Etat, évasion fiscale et augmentation frauduleuse de capital, aboutissant à une condamnation à de la prison ferme. Un passé sulfureux que Monaco Resources, devenu en moins de dix ans un acteur majeur dans de nombreux secteurs de l’économie africaine, aimerait sans doute faire oublier. Ainsi, le discret mais néanmoins président Axel Fischer n’apparaît pas dans l’actionnariat de la société créée en 2011 à Monaco. Et pour cause : c’est Pascale Younès qui contrôle la holding chypriote, Cycorp First Investment, propriétaire à 100% de Monaco Resources. Une Pascale Younès qui serait également l’épouse… d’Axel Fischer selon le Journal Officiel de Monaco de 2015. Des liens matrimoniaux qui n’apparaissent nulle part dans les documents officiels de la société, précise Africa Intelligence.

Un courrier qui sème le trouble

En 2016, plusieurs ministres ouest-africains ont reçu copie d’un courrier du vice-président du géant minier américain Alcoa, Rob Bear, dans lequel ce dernier affirmait refuser “tout contact direct” avec Monaco Resources. En cause, des “opérations commerciales antérieures” mises au jour par des cabinets de diligence. S’agissait-il du passé d’Axel Fischer et de l’actionnariat pour le moins opaque de la holding logée en principauté monégasque ? Ou le dirigeant pointait-il les montages financiers qui ont permis la rapide croissance du conglomérat sur le continent africain ?

Toujours est-il qu’en se finançant sur les marchés européens grâce à des taux d’intérêt avantageux, Monaco Resources est lancé dans une politique de rachat boulimique à travers un recours massif au crédit. En Afrique, le groupe est présent dans une vingtaine de pays via un réseau de filiales rattachées à ses entités agricoles (Agricorp, active au Niger et au Congo), minières (Metalcorp, elle-même établit en Hollande) et logistiques (R-Logitech).

L’ombre d’un doute

En 2018, en Guinée, le gouvernement autorisait ainsi l’établissement d’une convention minière en faveur de la Société des Bauxites de Guinée, filiale de Métalcorp. Peu de temps auparavant, les activités logistiques du groupe avaient pris une nouvelle ampleur avec le rachat, en 2017, des agences de manutention portuaire africaines de Necotrans, alors en liquidation judiciaire, et des participations du Français dans deux agences de logistique aéroportuaire, ATS Handling et Handling Partner Gabon (HPG). Mais le groupe possède-t-il le savoir-faire ou l’expérience nécessaires pour gérer ce type d’activités très concurrentielles ?

La question semble se poser de plus en plus au sein des cercles dirigeants africains. Disposant d’un permis d’exploitation, la Société des Bauxites de Guinée n’aurait entamé aucun travaux malgré sa promesse d’investir 1,4 milliard d’euros dans une mine de bauxite et une raffinerie d’alumine. De son côté, R-Logistic, la filiale regroupant les activités logistiques de Monaco Resources en Afrique, serait dans le viseur des autorités. Plusieurs compagnies internationales de l’aéroport de Libreville refuseraient en effet de confier leurs opérations de maintenance à Handling Partner Gabon, lui reprochant, selon La Tribune Afrique, un “sous-investissement” dans les équipements. Des conflits sociaux perturberaient par ailleurs la bonne marche de cette entreprise dont le contrat pourrait être prochainement suspendu. Quant à ATS Handling, présente en République Démocratique du Congo (RDC), la gestion de son président Michel Tshefu est depuis longtemps sujette à caution. Disposant toujours de 50% du capital, il refuse de passer la main et les activités de cette société surendettée sont au point mort.

L’aéroport d’Abidjan dans le viseur ?

Ces déboires ne freineraient toutefois pas les ambitions africaines du groupe. Selon des sources concordantes, Monaco Resources souhaiterait désormais assurer l’assistance en escale des 25 compagnies aériennes présentes à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. Pour parvenir à ses fins, il compterait sur l’entregent de Laure Olga Gondjout, l’ancienne secrétaire générale de la présidence gabonaise. Installée depuis de nombreuses années dans le pays, c’est elle qui préside le conseil d’administration de R-Logistic. Suffisant pour convaincre les autorités ivoiriennes du professionnalisme de Monaco Resources, dans un domaine où la “sécurité doit être la première des préoccupations comme le rappelait récemment l’ancien directeur général d’Air Sénégal, Philippe Bohn ?

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