Fin du GME : quelles conséquences pour les parties prenantes ?

Après des mois de tergiversations, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a annoncé officiellement la rupture du contrat du gazoduc qui alimentait l’Espagne en gaz en passant par le Maroc.

L’un des derniers ponts existants entre l’Algérie et le Maroc, les deux frères ennemis du Maghreb, a cessé de fonctionner. Après avoir longtemps soufflé le chaud et le froid, les autorités algériennes ont en effet décidé de ne pas renouveler le contrat relatif au gazoduc Maghreb-Europe (GME) qui relie depuis 1996 les gisements de gaz algériens à l’Europe en passant par le Maroc. Le point d’orgue de plusieurs mois de tensions, réactivées en début d’année par l’annonce de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël et la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté du royaume chérifien sur le Sahara occidental. Depuis, Alger monte régulièrement au créneau contre son voisin. Cet été, le gouvernement a même accusé Rabat d’être responsable des gigantesques incendies qui ont fait une centaine de morts en Kabylie.

Alger reproche à Rabat des « actions agressives »

La décision, annoncée officiellement le 31 octobre au soir par la présidence de la République, serait ainsi liée directement aux « actions agressives » du Maroc à l’égard de l’Algérie. Pour rappel, les deux pays n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis le 24 août dernier et les frontières aériennes algériennes ont été fermées, le 22 septembre, à tous les avions civils et militaires marocains.

Le Maroc ne recevra donc plus de gaz en provenance de son voisin. Lequel comptera désormais exclusivement sur son gazoduc sous-marin Medgaz pour livrer l’Espagne. Ce dernier, qui représentait la moitié des exportations algériennes annuelles vers l’Espagne et le Portugal, opère déjà pourtant au maximum de sa capacité. Soit, 8 milliards de mètres cubes par an. Pour autant, la partie algérienne se veut rassurante avec ses partenaires européens. Elle évoque notamment une extension de la capacité de Medgaz et un accroissement des exportations de gaz naturel liquéfié par la voie maritime. Mais elle se garde bien d’évoquer les contraintes techniques que font peser de telles opérations sur les livraisons. Ni, en bout de chaîne, la conséquence possible d’une forte augmentation des prix du gaz et de l’électricité pour les Espagnols.

Le dédain marocain

Côté marocain, on multiplie également les discours rassurants. Dans un communiqué publié le 31 octobre, l’Office marocain des hydrocarbures et des mines (ONHYM) et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) ont immédiatement affirmé que la décision algérienne n’aura dans l’immédiat « qu’un impact insignifiant sur la performance du système électrique national ». Les conséquences pour la consommation locale sont « marginales dans la mesure où le Maroc a une capacité de production électrique qui couvre largement ses besoins ».

Pour compenser, le Maroc pourrait néanmoins s’alimenter en produits pétroliers, consommer davantage de charbon pour faire fonctionner certaines de ses centrales ou importer plus d’électricité. Le nouveau gouvernement d’Aziz Akhannouch discuterait par ailleurs avec Madrid pour que l’Espagne renvoie du gaz au Maroc… par le gazoduc abandonné par l’Algérie. Jusqu’à présent, le royaume recevait l’équivalent de 97 % de ses besoins par le GME. La moitié en droits de passage payés en nature, l’autre en achat de gaz à prix préférentiel.

 

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