Tir de barrage général contre Huawei en Europe

Publication: 09/11/2020

Stokholm vient d’interdire les équipements du géant chinois Huawei pour le déploiement de la 5G sur son sol. La Suède rejoint ainsi la longue liste des pays européens qui ferment leurs frontières à la firme de Shenzen…

Les ennuis continuent pour Huawei. En Suède, l’Autorité des postes et des télécommunications (PTS) vient d’interdire aux opérateurs de télécommunications d’utiliser l’équipement du géant chinois – et de son compatriote ZTE – pour leurs déploiements 5G, la prochaine génération de données sans fil dotée d’un débit très supérieur à l’actuelle 4G. Le gendarme suédois des télécoms justifie cette décision pour préserver la sécurité nationale et précise que tous les équipements de ces groupes chinois déjà installés devront être démontés au 1er janvier 2025. Stockholm poursuivra le passage à la 5G, mais les entreprises nationales s’en chargeront, en particulier Eriksson, l’un des principaux rivaux de Huawei dans cette technologie.

Le pays scandinave, déjà en désaccord avec Pékin sur les questions des droits de l’homme, a-t-il subi des pressions des Etats-Unis qui soutiendraient en sous-main Ericsson et le finlandais Nokia comme alternative à Huawei pour les pays européens prêts à adopter la 5G ? C’est probable, d’autant plus que le gouvernement allemand, proche allié de Stockholm, prépare un projet de loi visant lui aussi à bloquer l’entrée de la firme de Shenzen sur le marché national de la 5G, mais sans l’interdire officiellement.

Persona non grata aux Etats-Unis

De fait, de nombreux pays la soupçonnent de conduire des opérations de sabotage ou d’espionnage au profit de Pékin, notamment depuis qu’une enquête de Bloomberg a affirmé que les services chinois étaient parvenus à installer des puces de surveillance au cœur de certains équipements utilisés par les plus grandes entreprises américaines… Des « révélations » prises très au sérieux par l’Administration Trump puisque, dès 2019, elle a interdit toute collaboration avec le groupe chinois, Google refusant même de lui fournir son système d’exploitation Android. En outre, des enquêtes pour espionnage industriel ont été ouvertes aux Etats-Unis contre Huawei, accusé notamment d’avoir dérobé des technologies du groupe T-Mobile. Un durcissement de ton qui s’expliquait alors par la guerre commerciale acharnée que se livraient Washington et Pékin, mais pas seulement. L’enjeu porte aussi sur la supériorité technologique des constructeurs chinois, en concurrence directe avec les américains dans plusieurs domaines-clés, dont les puces informatiques des équipements de télécommunication.

Après la Suède et l’Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni et… la France

Toujours est-il que, début octobre, deux des principaux opérateurs télécoms belges ont également choisi d’utiliser des équipements Nokia et Ericsson pour leurs réseaux 5G, tout en abandonnant leurs équipements Huawei. Quelques jours plus tard, le plus grand opérateur de télécommunications du Royaume-Uni, BT, faisait le même choix. Et pour cause : Londres a fixé un calendrier de retrait de tous les équipements du géant chinois d’ici 2027.

Autres alliés des Etats-Unis, l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande lui ont également barré la route pour leurs déploiements 5G et interdit à ZTE de fournir les équipements dédiés.

En France, après des signaux contradictoires, l’Etat a finalement soumis le déploiement de certains équipements pour la 5G à un régime d’autorisation préalable « fondé sur des motifs de défense et de sécurité nationale ». « Nous disons juste que le risque n’est pas le même avec des équipementiers européens, qu’avec des non-Européens. Il ne faut pas se mentir », disait, début juillet, dans une interview au journal Les Echos Guillaume Poupard, le directeur général de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI).

En clair, Huawei est dans le viseur des autorités. Un coup dur pour SFR et Bouygues qui ont investi depuis plusieurs années dans des équipements développés par le groupe de Shenzhen là où leurs concurrents Orange et Free ont misé sur Nokia et Ericsson.

Ainsi, dans ce dossier technique mais éminemment politique, Paris semble aussi avoir choisi son camp passant outre les menaces à peine voilées de l’Ambassadeur de Chine en France qui, dans un communiqué publié en février dernier, déclarait : « Nous ne souhaitons pas voir le développement des entreprises européennes dans le marché chinois affecté à cause de la discrimination et du protectionnisme de la France […] à l’égard de Huawei. » Et de prévenir que Pékin pourrait cibler en retour l’aéronautique, l’aérospatial et le nucléaire français…

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