Pour lutter contre le terrorisme, l’Ouzbékistan multiplie les partenariats internationaux

Publication: 09/10/2018

En visite officielle en France les 8 et 9 octobre, le Président ouzbek Shavkat Mirziyoyev rencontrera Emmanuel Macron à l’Élysée. L’occasion de signer de nombreux contrats dans les secteurs bancaires et énergétiques, mais aussi d’aborder les questions de sécurité. En effet, la France et l’Ouzbékistan ont en commun d’être en première ligne dans le combat face au terrorisme, et les deux pays sont confrontés au délicat problème des « revenants ». Des coopérations entre Paris et Tachkent sont-elles possibles ?

Aucun pays n’échappe au terrorisme, et l’Ouzbékistan n’y fait pas exception. Ce pays d’Asie centrale fait régulièrement la Une des médias internationaux, certains des attentats terroristes les plus récents ayant été attribués à ses ressortissants : attaque à New York le 31 octobre 2017, attentat revendiqué par l’État islamique à Istanbul le 31 décembre 2016, attentat du métro se Saint-Pétersbourg en avril 2017, etc. Et, selon les services de sécurité russes, de 500 à 1 500 Ouzbeks auraient rejoint les rangs de l’État islamique en Syrie, soit le plus fort contingent de l’organisation djihadiste.

Depuis la chute de l’Union soviétique et son indépendance en 1991, le pays est confronté à la montée de l’islamisme radical, incarné par le Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO). Une organisation née dans la vallée de Ferghana, dont les membres ont rejoint les talibans afghans ou l’État islamique. Dirigé par Islam Karimov jusqu’à sa mort en 2016, l’Ouzbékistan s’est renfermé sur lui-même pendant plus de 25 ans. Une situation qui a accru les difficultés économiques et alourdit la chape de plomb de la police politique : du pain bénit pour les réseaux djihadistes.

Aides pour la jeunesse, promotion d’un islam modéré : la stratégie ouzbèke pour lutter contre la radicalisation

Élu en décembre 2016, le successeur d’Islam Karimov, Chavkat Mirzioïev, semble bien décidé à faire en sorte que son pays ne soit plus associé au terrorisme. Et pour ce faire, pas question de reproduire les méthodes brutales de son prédécesseur. Le premier axe de la nouvelle approche ouzbèke contre la radicalisation passe donc par une politique de soutien à la jeunesse. Son objectif : que le désespoir des jeunes ne nourrisse plus les rangs des djihadistes en tout genre. L’Ouzbékistan prend ainsi sa pleine part à l’élaboration de la convention des Nations Unies sur les droits des jeunes. À la tribune de l’ONU en septembre 2017, Shavkat Mirziyoyev fut à l’initiative de l’adoption d’une résolution sur la tolérance religieuse, faisant de l’accès à l’éducation et de la lutte contre l’illettrisme des priorités absolues.

Le second axe de cette politique se traduit quant à lui par la promotion d’un islam tolérant et pacifié. En dépit de la présence d’une écrasante majorité de musulmans parmi sa population, l’Ouzbékistan est un État laïc, qui plonge ses racines dans une longue tradition de tolérance et d’harmonie interreligieuse. Fort de 140 nationalités, le pays compte également 16 religions, représentées par plus de 2 000 organisations religieuses. Depuis l’élection de Shavkat Mirziyoyev, les autorités ont instauré une politique visant à « assurer la sécurité, la concorde interethnique et la tolérance religieuse », elles ont réécrit la loi sur la Liberté de conscience et installé un Conseil des affaires religieuses représentant l’ensemble des confessions.

En décembre 2017, un décret présidentiel retire les noms de plus de 15 000 personnes des listes de suspects accusés de « participer à des organisations terroristes ». Pour le gouvernement, c’est une manière de clarifier la situation et séparer « le bon grain de l’ivraie » : le pouvoir de Karimov qualifiait régulièrement les ennemis politiques de « terroristes ». Avec cette amnistie, le nouveau régime envoie un message fort en termes de démocratie et de libertés publiques, tout en se concentrant véritablement sur les véritables terroristes.

Autant d’efforts qui ont été salués par le rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté de la religion, Ahmed Shaheed, qui a pu réaliser en octobre dernier sa première visite en Ouzbékistan depuis 15 ans. Et le propre Secrétaire d’État américain, Michael Pompeo, a montré le pays en exemple pour ses efforts en faveur d’une société plus libre et ouverte.

Des partenariats avec des pays étrangers

Pour lutter contre le terrorisme, phénomène transnational s’il en est, l’Ouzbékistan multiplie aussi les partenariats avec les pays étrangers. Le 1er octobre dernier, Chavkat Mirzioïev a ainsi signé une série d’accords stratégiques avec Narendra Modi, le Premier ministre indien. Les deux dirigeants ont acté le principe d’exercices militaires conjoints entre leurs deux armées en matière antiterroriste, ainsi que le renforcement des échanges entre leurs propres services de sécurité. « Nous avons mis tous les sujets sur la table, a déclaré Narendra Modi. Nous cultivons une vision de long terme afin d’approfondir le partenariat stratégique entre nos deux pays ». Ce à quoi Shavkat Mirziyoyev a répondu que le partenariat avec l’Inde était l’une de ses « plus importantes priorités ».

Toujours en 2018, l’Ouzbékistan a conclu avec la Corée du Sud un mémorandum portant sur une coopération renforcée en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Et, en septembre dernier, le pays est parvenu à un accord avec l’Égypte, au terme duquel une équipe conjointe coopérera dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme.

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