Al-Jazeera en Israël : une fermeture programmée ?

Publication: 09/08/2017

Un mois après sa couverture sans concession de l’épisode des portiques, Al-Jazeera a été menacée d’interdiction et de fermeture par l’État hébreu. Une réaction qui n’a rien d’une coïncidence pour la chaîne arabe, sur la sellette depuis longtemps.

Dans un article publié sur son site internet, Al-Jazeera a dénoncé lundi 7 août l’intention d’Israël de « fermer les bureaux » de la chaîne qatarie dans le pays et d’y « interdire son travail ». Une déclaration prononcée la veille par Ayoub Kara, ministre de la communication, qui aurait « basé [sa] décision sur les choix faits par les États arabes sunnites », arguant que le média serait utilisé par des groupes pour « inciter » à la violence. Reprenant le discours de l’Arabie saoudite sur Al-Jazeera, qui l’accuse d’être un outil de propagande de Daesh pour justifier son embargo sur le Qatar, le ministre attend maintenant que le Parlement israélien considère sa requête au cours de sa prochaine session afin de « mettre fin [aux activités de la chaîne] aussi vite que possible ».

En réaction à l’annonce d’Ayoub Kara, Al-Jazeera a nié en bloc les accusations gouvernementales et déclaré vouloir prendre des mesures légales pour contester la possible fermeture de ses rédactions dans le pays ainsi que l’éventuelle interdiction de diffuser.

Reconnue comme une des rares chaînes du Moyen-Orient à disposer d’une indépendance éditoriale, Al-Jazeera est néanmoins au cœur des critiques depuis que le Qatar connaît une pression diplomatique et économique de la part de ses voisins du Golfe, l’accusant de soutien au terrorisme.

Mais se pourrait-il que ces accusations aient constitué un alibi parfait à l’Etat hébreu ?

 

Cartes de presse révoquées, liaisons satellites fermées

À l’origine de nombreuses révélations sur les actions de l’armée israélienne en Palestine, le média basé à Doha a récemment fâché le gouvernement par sa couverture de l’épisode des portiques, qui avait donné lieu à une première menace du premier ministre Benjamin Netanyahou fin juillet. « [Al-Jazeera] attise la violence autour du Mont du Temple, a-t-il lancé sur Facebook. (…) J’ai parlé à plusieurs reprises avec les forces de l’ordre afin de demander la fermeture des bureaux d’Al-Jazeera à Jérusalem. Si cela ne se produit pas à cause d’une interprétation de la loi, je travaillerai à promulguer une loi pour expulser Al-Jazeera d’Israël. »

En conséquence, Al-Jazeera devrait voir les cartes de presse de ses journalistes révoquées et ses liaisons satellites fermées.

Pour aussi controversée que soit la chaîne, l’annonce de cette fermeture imminente a suscité une véritable levée de boucliers des ONG internationales, comme Amnesty International, le Commitee to Protect Journalists et l’Ethical Journalism Network. « Il s’agit là d’une attaque éhontée contre la liberté d’information en Israël et dans les territoires palestiniens occupés », a déclaré dans un communiqué Magdalena Mughrabi, vice-présidente d’Amnesty International pour la zone Moyen-Orient et Afrique.

Hasard du calendrier ? Le 4 août dernier, Al-Jazeera avait relayé sur son site des informations explosives sur Benjamin Netanyahou. Le premier ministre israélien serait depuis plusieurs mois sous le coup d’une enquête pour des faits de corruption, de fraude et d’abus de confiance. La provocation de trop ?

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