Le traité de 25 ans entre l’Iran et la Chine inquiète les Etats-Unis

Publication: 09/04/2021

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a signé une coopération stratégique d’une durée de 25 ans avec son homologue iranien Javad Zarif. Le traité inquiète les Etats-Unis et rencontre l’hostilité d’une partie de la classe dirigeante iranienne.

La Chine et les Etats-Unis se sont retrouvées le 18 mars pour deux jours de réunion dans la ville d’Anchorage, en Alaska. Depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, c’était le premier sommet entre les deux puissances mondiales.

Et les tensions sont toujours aussi palpables. Les discussions ont ainsi été « dures et directes » d’après un responsable américain, Pékin accusant Washington d’ingérence et Washington reprochant à Pékin de menacer la stabilité mondiale. Chine et Etats-Unis se sont ensuite mutuellement reprochés d’avoir « violé le protocole » et d’avoir initié les « provocations ». C’est dire si la réconciliation entre les deux rivaux n’est pas à l’ordre du jour. C’est dire aussi si l’officialisation récente de la signature d’un traité de coopération entre l’Iran et la Chine, pour une période de 25 ans, tombe mal pour les Etats-Unis. Dans les tuyaux diplomatiques depuis 5 ans, cette dernière intervient au moment même où les négociations autour de l’accord international de 2015 sur le programme nucléaire iranien ont repris à Vienne entre Washington et Téhéran. De quoi compliquer la tâche des négociateurs américains qui veulent tenter de sauver le pacte que l’ancien président Donald Trump avait décidé de rompre unilatéralement en 2018.

400 milliards d’investissements chinois

Discuté pour la première fois entre le guide suprême iranien Ali Khamenei et le président chinois Xi Jinping en 2016, le traité Chine-Iran prévoit, selon le Tehran Times, « d’augmenter les capacités de coopération entre l’Iran et la Chine dans les domaines de la technologie, de l’industrie, des transports et de l’énergie ». Si ses termes exacts n’ont pas été divulgués, une version du traité que des responsables américains ont réussi à se procurer précise qu’il comporte quelque 400 milliards de dollars d’investissements chinois en Iran dans les infrastructures routières, les télécommunications et la cybersécurité en échange d’exportations de pétrole et de gaz iranien à moindre coût, vendus 30% moins cher que les prix du marché.

Pour la Chine, premier partenaire commercial de l’Iran et dont les entreprises sont déjà bien établies dans le pays, il offre en outre une nouvelle porte d’entrée vers le Moyen-Orient. L’empire du milieu prévoit d’ailleurs de développer davantage les infrastructures qui le relient, dans le cadre de son initiative de « la Nouvelle route de la soie », à ses principaux marchés d’exportation en Europe, à travers le Pakistan, l’Iran et la Turquie. L’accord engloberait également une coopération militaire incluant le développement d’armes et le partage de renseignements pour lutter contre le terrorisme, les groupes séparatistes et le trafic de drogue.

L’inquiétude américaine

Si Washington n’a pas encore réagi publiquement, l’Administration Trump avait dénoncé la perspective d’un tel accord comme un défi lancé contre ses intérêts au Moyen-Orient. L’ancien Secrétaire d’État Mike Pompeo était allé jusqu’à annoncer que ce rapprochement sino-iranien allait « déstabiliser » le Moyen-Orient, mettant Israël, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis en danger. De fait, la proximité entre le principal rival des Etats-Unis à l’international et son principal opposant au Moyen-Orient va, a minima, contrarier sa politique de pression maximale sur l’Iran.

Pour autant, le sort de ce traité demeure encore incertain. Il rencontre en effet une puissante opposition interne en Iran, notamment de la part des députés conservateurs qui pourraient bloquer le projet au parlement. Lorsque son existence avait été dévoilée pour la première fois en juin 2020, l’ancien président Mahmoud Amhadinejad avait affirmé que « la nation iranienne ne reconnaitrait pas un nouvel accord secret de 25 ans entre l’Iran et la Chine ».

De nombreuses rumeurs ont ainsi circulé, concernant par exemple des projets de bases militaires chinoises en territoire iranien, en particulier sur des îles du golfe persique… Ces intentions ne semblent pourtant pas se trouver dans le texte de l’accord et, à Téhéran comme à Pékin, les autorités se sont empressées de minimiser son aspect militaire afin de ne pas aiguiser les craintes nationalistes iraniennes. La prudence reste donc de mise d’un côté comme de l’autre autour de l’impact réel d’un traité qui attise toutes les spéculations.

 

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