Cuba : 60 ans d’embargo

Cuba

Décrété en février 1962, l’embargo américain contre Cuba est toujours en vigueur. Il empoisonne depuis 60 ans les relations diplomatiques entre Washington et La Havane.

C’était il y 60 ans, tout juste. Le 3 février 1962, le président américain John Fitzgerald Kennedy signait l’ordre exécutif 3447 qui décrétait un « embargo sur tout commerce avec Cuba », à la suite de nationalisations expropriant des actifs d’entreprises et de citoyens américains décidées par Fidel Castro. A l’époque, l’objectif était officiellement d’obtenir un changement d’attitude du régime mais, plus surement, de faire tomber la république socialiste à parti unique.

Une situation bloquée

Soixante ans plus tard, rien n’a changé. Joe Biden inscrit ses pas dans ceux de ses prédécesseurs et le rapprochement entre Washington et La Havane, qui a conduit à la normalisation des relations bilatérales entre les deux pays en décembre 2014, est déjà de l’histoire ancienne. Pour justifier leur attitude, les autorités américaines ont plutôt mis en avant ces dernières années la question du respect des droits de l’homme et le soutien de La Havane au gouvernement de Nicolas Maduro au Venezuela. Sans obtenir de concessions cubaines sur ces points. 

Or, tant que Cuba était soutenu par le grand frère soviétique, l’embargo a eu peu d’effets contraignants. Mais depuis les lois Torricelli (1992) et Helms-Burton (1996), les entreprises et banques étrangères opérant avec Cuba risquent de lourdes sanctions. L’embargo est donc devenu un blocus de fait, sauf pour les denrées alimentaires que Cuba doit néanmoins payer comptant. Faute d’une production locale suffisante, l’île importe 80% de ce qu’elle consomme.

Un « acte de guerre économique »

Une situation qui a conduit le président cubain Miguel Díaz-Canel à demander début février la fin du « blocus » imposé par les États-Unis, dénonçant un embargo « inhumain et illégal ». Selon son gouvernement, il aurait entraîné des pertes de plus de 144 milliards de dollars au cours des six dernières décennies. La Havane considère même qu’il s’agit d’un « acte de guerre économique » ayant des conséquences non seulement de nature bilatérale, mais aussi dans les relations avec les pays tiers.

Dans un communiqué, le ministère cubain des Affaires étrangères a également critiqué cette « politique d’encerclement et d’asphyxie économique », qu’il attribue aux intérêts politiques des États-Unis et à leur objectif de « domination impérialiste ». « Le blocus n’a jamais eu le moindre soupçon de légitimité, ni de justification morale », a-t-il ajouté, le qualifiant de « violation massive, flagrante et systématique des droits de l’homme ». Il aurait même compromis sa capacité à faire face à la pandémie de COVID-19.

Une politique dictée par l’agenda politique interne aux Etats-Unis

Ces réactions cubaines sont fréquentes. La Havane présente chaque année à l’ONU une motion pour faire condamner l’embargo par la communauté internationale. La quasi-totalité des pays votent en sa faveur, mais elle a toujours été bloquée par les Etats-Unis et Israël.

Et si Obama en son temps avait assoupli certaines sanctions, le président démocrate n’a pas réussi à lever l’embargo. Et pour cause, la loi Helms-Burton ne peut être supprimée que par les membres du Congrès. « La politique envers Cuba a été dictée par la politique interne américaine depuis la fin de la Guerre froide », explique ainsi Ric Herrero, directeur du Groupe d’études sur Cuba, dans L’express. Et le poids électoral de la Floride, avec sa très forte diaspora cubaine, a jusqu’ici empêché toute détente. 

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