Le football, vecteur de la stratégie d’influence du Maroc en Afrique

Le football est aussi un objet politique. Célébrée au Moyen-Orient comme une victoire du monde arabe, la qualification pour les quarts de finale des « Lions de l’Atlas » résonne également partout en Afrique où le Maroc se sert du football pour renforcer ses liens avec les pays du continent.

Le beau parcours de l’équipe marocaine à la coupe du monde de football, disputée au Qatar, signe la place prépondérante prise par le royaume chérifien au sein du football africain. Seule équipe du continent à dépasser le stade des huitièmes de finale, « les Lions de l’Atlas » ont impressionné par leur solidité défensive et leur science tactique, deux qualités généralement accolées aux équipes européennes et sud-américaines.

Une politique sportive volontariste

Cette réussite doit beaucoup à la politique volontariste menée par les autorités en matière sportive. En 2009, la création de l’Académie Mohammed VI dans la ville de Salé, a donné une nouvelle impulsion au football marocain, à la peine depuis plusieurs années, tant sur le plan de ses clubs professionnels que de l’équipe nationale. Dotée d’infrastructures aux standards internationaux, cette école repère et forme depuis plus de dix ans maintenant des talents de haut niveau sur le modèle du sport-étude.

Ces dernières années, nombreux sont les jeunes issus de cette académie d’élite partis aux quatre coins de l’Europe, en France et en Espagne notamment. C’est le cas de l’attaquant Youssef En Nesyri (à Séville), du défenseur Nayef Aguerd (à Rennes puis à West Ham en Angleterre) ou encore du milieu central Azzedine Ounahi (aujourd’hui à Angers). Grâce à l’expérience acquise dans des championnats relevés, ces trois anciens « académiciens » font aujourd’hui le bonheur de la sélection nationale.

Un football de club en plein essor

Ceux qui restent exercer au Maroc viennent quant à eux renforcer un football de club, lui aussi en plein essor depuis la création de centres de formations dans plusieurs régions du pays pour détecter et apprendre le métier aux jeunes joueurs, susceptibles d’intégrer des clubs professionnels.

Sous l’impulsion de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) et de son président élu en 2014, Fouzi Lekjaa, le football de club marocain vit ainsi une profonde transformation. Plusieurs stades ont été rénovés tandis que de nouvelles enceintes sont sorti de terre aux quatre coins du pays. L’instance a également demandé aux clubs de se structurer administrativement et d’adopter une politique de gestion rigoureuse, tout en leur octroyant des primes en fonction de leurs performances sur la scène nationale.

Le Maroc, au sommet du foot africain

Et la stratégie porte ses fruits. Le championnat marocain est devenu l’un des plus attractif d’Afrique avec des clubs sains économiquement, des salaires payés dans les temps et des conditions d’entrainement améliorées.

De fait, les clubs marocains rivalisent aujourd’hui avec les meilleurs du continent, comme l’Espérance de Tunis, le TP Mazembe ou Al-Ahly. En 2020, les quatre équipes marocaines engagées en Ligue des champions et en Coupe de la confédération, deux des compétitions phares du football de club africain, ont réussi un sans-faute en se qualifiant toutes pour les demi-finales. En 2022, elles réalisaient le « grand chemen », le club casablancais Wydad AC remportant la Ligue des champions tandis que la RS Berkane soulevait le trophée de la Coupe de la confédération.

La diplomatie sportive comme instrument politique

Le Maroc joue par ailleurs le jeu de la diplomatie sportive en multipliant les initiatives sur le continent. C’est le deuxième axe de cette ambitieuse stratégie sportive. Rabat, qui a fait son retour dans l’Union africaine (UA) en janvier 2017, ne lésine pas sur les investissements et les visites officielles pour renforcer les liens économiques et politiques avec les pays d’Afrique subsaharienne. Et notamment les anglophones, traditionnellement plus proche de l’Afrique du Sud, un des principaux soutiens du Front Polisario dans le conflit du Sahara occidental…

En 2015, le royaume avait ainsi signé des partenariats sportifs avec la Tanzanie et le Rwanda et s’était engagé à financer la construction de plusieurs stades. Aujourd’hui, ce sont pas moins de 44 partenariats qui unissent la FRMF à des fédérations africaines. Cette dernière s’engage à accompagner la réalisation d’infrastructures sportives, la formation des cadres, l’accueil de stages pour des sélections nationales, la formation des arbitres et l’organisation de matchs amicaux.

« Le Maroc veut être le leader du football africain et il n’est pas loin de l’être. C’est devenu un acteur incontournable », explique un cadre d’une fédération africaine dans les colonnes du Monde. Sa politique de diplomatie a un coût, mais c’est aussi un investissement. Les Marocains savent très bien ce qu’ils font ».

L’importance du sport dans la stratégie d’influence du Maroc vers l’Afrique subsaharienne n’est pas nouvelle. Mais, plus que jamais, le pays entend se positionner haut sur terrain de la diplomatie sportive. Le bon parcours des « Lions de l’Atlas » au Qatar lui offre une visibilité inédite. Et s’il n’a finalement pas été retenu pour l’organisation du Mondial 2026, il espère dorénavant obtenir celle de 2030. Un événement qui viendrait couronner le royaume chérifien comme nouvelle place forte du football international.

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