Quand les Émirats arabes unis utilisent un logiciel israélien pour espionner le Qatar

Publication: 08/11/2018

Selon le New York Times, les Émirats arabes unis auraient utilisé un logiciel espion israélien pour espionner — entre autres — des membres de la famille royale qatarie. Une étape de plus dans le rapprochement entre Abu Dhabi et Tel-Aviv.

L’espionnage à la demande

Créé et vendu par la société israélienne NSO, le logiciel Pegasus a été utilisé à l’origine par les autorités des Émirats arabes unis pour espionner les agitateurs politiques locaux via leurs téléphones portables.

Mais selon le quotidien new-yorkais, les autorités émiraties ont souhaité aller plus loin en demandant à NSO s’il était possible d’utiliser ce logiciel afin d’espionner différentes hautes personnalités telles que l’émir du Qatar, un prince saoudien responsable de la garde nationale du royaume, le Premier ministre libanais Saad Hariri ou encore le directeur d’un journal arabe basé au Royaume-Uni.

Une requête qui aurait déjà en partie été satisfaite puisque quatre jours plus tard, NSO aurait renvoyé un courriel contenant deux enregistrements d’appels passés par Abdulaziz Alkhamis, le rédacteur en chef du journal sus-cité. Alkhamis a confirmé au New York Times qu’il avait bel et bien passé ces appels qu’il ne savait pas qu’il était enregistré.

Des révélations sur les méthodes de l’entreprise qui ont provoqué un tollé. Un citoyen qatari et de défenseurs des droits humains mexicains, eux aussi piratés grâce à la technologie vendue par NSO, ont déjà annoncé qu’ils attaqueraient le groupe en justice. Le logiciel aurait peut-être été aussi utilisé au Panama pour espionner les opposants politiques et Amnesty International déclarait déjà au début du mois d’août que plusieurs membres de l’ONG avaient été espionnés via le logiciel Pegasus.

Pour l’instant, les premiers éléments des procès engagés contre NSO mettent à mal la défense de l’entreprise, qui assurait que ses spywares n’étaient venus qu’aux gouvernements qui s’engageaient à les utiliser exclusivement dans le cadre d’opérations de police.

Un cheval de Troie nommé Pégase

Comme beaucoup d’autres start-up israéliennes agissant dans le domaine de la sécurité, NSO a été fondée en 2010 par trois vétérans de la première unité de renseignement électromagnétique de Tsahal, intitulée « 8200 ». Niv Carmi, Omri Lavie et Shalev Hulio ont alors élaboré le logiciel Pegasus, qui est à l’heure actuelle le seul produit de NSO.

Officiellement, les Émirats arabes unis ne reconnaissent pas Israël. Une posture destinée à rassurer son opinion publique et celle du monde arabe, encore très attachée à la cause palestinienne. Mais officieusement, Abu Dhabi entretient des relations très cordiales avec Tel-Aviv, confiant même à une entreprise israélienne la tâche hautement stratégique d’espionner ses rivaux géopolitiques.

Il faut dire que les atouts et les avantages techniques de Pegasus sont nombreux : il peut être installé à distance et sur n’importe quel appareil mobile utilisant le système d’exploitation Apple iOS, et ce à l’insu de son propriétaire. Pegasus permet alors d’enregistrer les appels, d’accéder à l’appareil photo, de voir des messages texte, d’obtenir des coordonnées GPS, et plus encore.

Des capacités très poussées qui ont visiblement convaincu les émirs d’Abu Dhabi.

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