Djibouti : Ismaël Omar Guelleh est candidat, pour la 4ème fois, à sa propre succession

Le dénouement de cet épisode de la vie « démocratique » djiboutienne ne sera un mystère pour personne : le président de la République Ismaël Omar Guelleh règne en maître absolu sur ce petit pays de la Corne de l’Afrique depuis maintenant 22 ans et devrait, sauf cataclysme ou fin du monde, briguer un cinquième mandat. « Le dernier », assure l’intéressé.

Un policier à la tête de l’Etat

« C’est la dernière fois qu’il se présente » affirme le chercheur Benedikt Kamski. Et comme on aimerait le croire… A la tête du pays depuis 22 ans, Ismaël Omar Guelleh, 73 ans, né à Dire-Dawa en Ethiopie intègre la police avant de devenir le chef de cabinet d’Hassan Gouled Aptidon, premier président de la République depuis l’indépendance du pays. Pendant des années, Ismaël Omar Guelleh est responsable des services de sécurité et de renseignement. Sa « soif de pouvoir » finit par le conduire à la fonction suprême en 1999, qu’il ne semble plus vouloir quitter. Au terme de son deuxième mandat présidentiel, en 2010, Ismaël Omar Guelleh se représente, en promettant que ce sera le dernier. Aujourd’hui, au terme de son quatrième, il réitère sa promesse. Il n’hésite pas, à chaque fois, à réviser la Constitution pour rester au pouvoir, modifiant la limitation du nombre de mandats ou encore l’âge limite d’un président en exercice. Sans surprise, l’élection présidentielle du vendredi 9 avril 2021 est boycottée par l’opposition qui dénonce un « coup d’Etat permanent ».

Par ailleurs, après plus de deux décennies au pouvoir, le bilan d’Ismaël Omar Guelleh reste mitigé : s’il a activement développé l’économie de son pays, il a en revanche exercé son autorité sans partage, écrasant toute opposition et muselant la presse. Le chef d’Etat n’ayant pas manqué par le passé d’entretenir des relations amicales avec le régime autoritaire d’Ethiopie et de devenir un ami proche de l’inamovible Premier ministre Meles Zenawi. «Il y a un durcissement du régime petit à petit, de 1999 à aujourd’hui», assure Sonia le Gouriellec, docteure en sciences politiques et spécialiste de la région. Surnommé « le Parrain », IOG n’hésite pas à livrer son pays aux appétits chinois. Capable de déployer dans la région des investissements massifs, la Chine a progressivement pris possession des ports de Djibouti. En 2018, la société DP World se retrouve évincée des infrastructures du port de Doraleh, gagnant pourtant la plupart de ses procès contre l’Etat djiboutien. Nombre d’observateurs s’inquiètent d’une situation de surendettement qui pourrait à la longue entraîner une dangereuse dépendance du pays à l’Empire du milieu.

Parodie de démocratie

De son côté, IOG prétend avoir tiré profit de la situation géographique de son pays, situé entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, au carrefour du continent africain, de l’océan indien et de la péninsule arabique. Et se targue d’avoir maintenu une certaine stabilité dans une région fortement troublée depuis plusieurs décennies, notamment en accueillant sur son territoire un certain nombre de bases militaires : française, américaine, japonaise, italienne, et chinoise. Mais là-bas, tout le monde ne l’entend pas de cette oreille et un vent de révolte souffle sur le pays depuis un an. Le détonateur fut l’incarcération en avril 2020 du pilote et lieutenant de l’Armée de l’air Fouad Youssouf Ali, qui a osé dénoncer la corruption du gouvernement et la politique racialiste menée au sommet de l’Etat. Des manifestations de soutien ont eu lieu dans le pays, réprimées dans le sang par les forces de sécurité.

Aujourd’hui, de nombreux experts de la Corne de l’Afrique dénoncent la dégradation du respect des droits humains dans le pays et une « parodie de démocratie » à l’œuvre. Plusieurs manifestations contre un cinquième mandat d’IOG, suivies d’arrestations, ont ponctué la campagne présidentielle, et sans surprise, l’opposition a décidé de boycotter l’élection. «Nous n’attendons rien de ce vote», affirme Abdourahman Mohamed Guelleh, l’un des principaux opposants du régime. « C’est un non-événement. Les gens n’iront pas voter et le régime se gratifiera d’un score tricoté sur mesure ». Seul l’homme d’affaires Zakaria Ismail Farah est candidat. Mais il s’est plaint ces derniers jours de ne pas avoir pu organiser de rassemblements car il ne bénéficie d’aucun service de maintien de l’ordre. Il dénonçait récemment « l’inégalité de traitement dont il est victime » lors d’un meeting auquel il s’est présenté « les poings liés et la bouche recouverte par un épais ruban adhésif marron »…

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