La « guerre totale » du gouvernement somalien contre les shebabs

Groupe affilié à Al-Qaïda, les shebabs ont été chassés des principales villes somaliennes. Ils restent encore solidement implantés dans les zones rurales. La nouvelle stratégie de « guerre totale » du gouvernement pourrait cependant changer la donne.

Après l’hôtel Hayat le 20 août ( 21 morts et 117 blessés), c’est l’hôtel Villa Rose, très prisé des hauts fonctionnaires et des parlementaires, qui a été pris d’assaut par les shebabs à Mogadiscio, en Somalie. Les forces de sécurité ont finalement réussi à déloger les assaillants le lundi 28 novembre.

Bilan : au moins huit civils tués et des dizaines de blessés, dont un ministre du gouvernement du président Hassan Cheikh Mohamoud, lequel a décidé, depuis l’été dernier, de s’engager dans une « guerre totale » contre ce groupe affilié à Al-Qaïda qui combat le gouvernement pour instaurer la charia en Somalie.

Une « guerre totale »

Cette« guerre totale » commence à porter ses fruits malgré la récurrences des attaques islamistes ces dernières semaines. L’administration régionale à Beledweyne (Centre) le 4 octobre, l’hôtel de la ville portuaire de Kismayo le 23, ou la base militaire à Mogadiscio, le 5 novembre, ont ainsi été pris pour cible par les militants, alors même qu’ils semblent de plus en plus fragilisés dans leurs fiefs régionaux.

Le rapport de forces entre la dizaine de milliers de combattants que comptent les shebabs et la coalition menée par Mogadiscio est en effet sans commune mesure. Cette dernière associe à l’armée somalienne des troupes d’élite entraînées par la Turquie, 22 000 soldats de la Mission de transition de l’Union africaine en Somalie (Atmis), ainsi que de nombreuses milices citoyennes et paysannes. Elle dispose par ailleurs de drone de l’armée américaine et de drones turcs Bayraktar.

Assécher financièrement le mouvement

Avec l’appui de frappes aériennes américaines, ces troupes ont repris le contrôle de provinces du Centre et du Sud du pays, contrôlées par les islamistes depuis la création du mouvement, en 2006. Les combattants islamistes sont ainsi constamment harcelés, jusque dans les régions les plus reculées du pays où ils sont très implantés.

Mi-novembre, Washington a même promis une récompense de 10 millions de dollars pour tout renseignement permettant d’identifier leurs trois principaux chefs. Une récompense qui s’applique également à toute information « perturbant les mécanismes financiers des shebabs ».

Le ralliement de milices locales

C’est là un des axes forts de la campagne anti-islamiste : l’assèchement financier du mouvement. Les autorités somaliennes tente de persuader les habitants de ne plus payer la « zakat », l’impôt récolté de force par les shebabs. Le gouvernement a aussi annoncé que tout commerce s’y pliant verrait sa licence révoquée.

Autre point fort de la campagne militaire somalienne : le ralliement d’un certain nombre de milices locales qui se joignent au combat contre les insurgés. Leur connaissance du terrain et leurs tactiques de combat contre-insurrectionnelles s’avèrent souvent payantes. Ainsi, depuis juillet, deux clans des régions du Galmudug et d’Hirshabelle, dans le centre de la Somalie, ont engagé des combats pour se libérer de la pression des shebabs locaux.

Le gouvernement concurrence les shebabs sur le terrain religieux

Mais l’offensive gouvernementale est encore plus globale puisqu’elle touche aussi au domaine religieux. Mukhtar Robow, un ancien porte-parole des shebabs dont les Etats-Unis avait mis la tête à prix pour 5 millions de dollars avant son arrestation en 2018, a été « retourné ». Nommé à la tête du ministère des affaires religieuses, il est chargé de concurrencer les insurgés sur le terrain de la doctrine et de la foi. Son ministère vient de prendre une directive obligeant les médias à dépeindre les shebabs comme des « khawarij », « renégats » en somali.

La bataille est pour autant encore loin d’être gagnée. Les islamistes restent encore très implantés au sein de la société somalienne. Mais si une décennie d’opérations spéciales n’est pas parvenu à les éradiquer, l’investissement du terrain social par les autorités somaliennes pourrait changer la donne.

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