Congo-Brazzaville : le général Mokoko annonce sa candidature, l’opposition peine toujours à convaincre

Publication: 07/02/2016

 

A quelques semaines de la présidentielle congolaise, les candidatures se multiplient, à l’image de celle du général Mokoko. Le président Denis Sassou Nguesso prend des mesures afin d’aller dans le sens des revendications préalables de l’opposition, et éviter un boycott du scrutin – notamment la création d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI). 

Le Congo entre dans la dernière ligne droite avant la présidentielle. Dans un peu plus d’un mois, le peuple congolais devra décider s’il accorde une nouvelle fois sa confiance au président sortant Denis Sassou Nguesso, ou s’il lui préfère l’un des candidats de l’opposition – dont le nombre ne devrait cesser de croître avant le jour J. Après l’indépendant Joseph Kignoumbi Kia Mboungou et l’investiture du président sortant Denis Sassou Nguesso par son parti, l’une des dernières candidatures majeures en date est celle d’André Okombi Salissa, ancien ministre du président congolais passé dans l’opposition en 2012. Anguios Nganguia Engambé, candidat malheureux en 2009, a lui aussi rejoint la course, après avoir été investi par sa formation, le Parti pour l’action de la République (PAR), au terme des primaires. Enfin, dernière candidature en date, et pas des moindres : celle du général Jean-Marie Michel Mokoko, ancien allié de Sassou Nguesso ayant formé une liste indépendante.

L’enjeu est de taille, car le nouveau dirigeant sera le premier à exercer sous le règne de la nouvelle Constitution votée lors du référendum de l’automne dernier. Rédigé à l’initiative de Sassou après une vaste campagne de consultation populaire, ce nouveau texte a sensiblement modernisé les institutions du pays, et a inscrit les enjeux contemporains (parité, jeunesse…) au premier plan des priorités de l’action étatique. Il a été conçu en réaction aux espoirs, mais aussi aux doléances et remontrances des Congolais. Et on trouve ici le secret de la popularité exceptionnellement durable du dirigeant congolais : l’écoute. Sassou a en effet su régulièrement moderniser sa gouvernance, et s’adapter aux désirs de ses concitoyens. Il a par ailleurs une nouvelle fois prouvé son ouverture lors de l’organisation des élections à venir. Après consultation de l’opposition qui menaçait de boycotter le scrutin, le chef d’Etat congolais a fait adopter une nouvelle loi par l’Assemblée nationale, qui instaure le bulletin unique et crée la Ceni (Commission électorale nationale indépendante). Elle remplace la Commission nationale d’organisation des élections, opérationnelle depuis 2001.

En consentant ainsi à céder aux revendications de l’opposition, Sassou montre qu’il entend tenir des élections crédibles et ordonnées, ce dont toutes les parties n’étaient pas convaincues. Dans le même esprit de conciliation, il a procédé à la libération de six opposants, arrêtés le 9 octobre alors qu’ils prenaient part à une manifestation illégale contre le projet d’une nouvelle Constitution. Ils avaient été poursuivis pour « organisation de marche non autorisée » et « troubles à l’ordre public », condamnés à une peine de trois mois d’emprisonnement. C’est désormais de l’histoire ancienne : afin d’apaiser les esprits deux mois avant le vote, après un abandon des plaintes de l’état, tous ont été libérés dans la nuit du mardi 19 janvier. Les six hommes appartenaient au mouvement contestataire Ras-le-bol, qui appelle au départ du président. En effet, l’opposition souhaitait opposer le respect de l’ancienne loi fondamentale congolaise au succès populaire de Sassou – une initiative qui s’est avérée peu productive au vu de la victoire renversante du « oui » au nouveau texte. Une partie de l’opposition boude d’ailleurs toujours le texte, entré en vigueur à la mi-janvier.

Si une majeure partie de l’opposition semble prête à composer avec ces compromis, certaines formations périphériques appellent à un boycott. C’est par exemple le cas d’Honoré Sayi, député et porte-parole de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), le premier parti d’opposition. D’après lui, « [la Ceni] n’a d’indépendance peut-être que la mention qui a trait à la question des ressources financières. Sinon pour le reste, on trouve encore une sorte de hiérarchie dans la gestion des élections, c’est-à-dire l’immixtion du ministère de l’Intérieur dans la gestion des élections. Cette commission devait avoir la gestion des opérations de vote aussi bien en amont qu’en aval. » Paradoxalement, il questionne ainsi l’indépendance d’un organe, alors qu’il appelait auparavant ouvertement à sa création. Mathias Dzon, autre figure de l’opposition continue, lui, à appeler au boycott. Il ne propose cependant pas d’alternative.

En réalité, ces contradictions – à la fois au sein des partis, mais aussi dans le discours de nombre de ses cadres – viennent du fait que l’élection anticipée prend l’opposition de court, une opposition qui souffre d’une absence de programme criante. Cette vérité est de plus en plus apparente et, dans la panique, certains reviennent sur leurs engagements, comme pour justifier par avance l’échec annoncé de leurs campagnes. Le slogan « Sassoufit », qui a servi de bannière à cette multitude de micro-partis, cache en réalité un vide idéologique troublant. Face à ce constat, au fil des jours, une crainte est en train de poindre au sein de l’opposition : et si le pire était de gagner ? Un petit mois et demi semble un peu juste pour redresser la barre…

Publié par

réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.



Dans la même catégorie

L’Indonésie veut le Rafale

Après moults annonces contradictoires, l’Indonésie a franchi un pas décisif en signant un « contrat initial » portant sur l’achat de 36... Voir l'article

Les tentaculaires réseaux de Moukhtar Abliazov au Parlement européen

Judiciairement acculé par plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Ukraine ou la Russie, Moukhtar Abliazov jouit encore du statut... Voir l'article

10 ans après la mort de Kadhafi en Libye : après lui, le Déluge ?

Dix ans après le soulèvement populaire et la guerre civile, le chaos et les divisions règnent toujours en Libye. Malgré... Voir l'article

Publicité : Facebook et Google durement impactés par une mise à jour d’Apple ?

Apple va déployer cette semaine la version 14.5 du système d’exploitation iOS. Une mise à jour qui impactera de facto... Voir l'article

  • Urgent

    L’Indonésie veut le Rafale

    Après moults annonces contradictoires, l’Indonésie a franchi un pas décisif en signant un « contrat initial » portant sur l’achat de 36 Rafale à la France. Mais... Voir l'article

    Le trouble jeu de Moscou au Tchad et en RCA

    Ils ne seraient officiellement que 535. Mais des sources diplomatiques évoquent plutôt le chiffre de 1 700 « mercenaires russes », présents à Bangui, la... Voir l'article

  • Newsletter

  • personnalites

    10 ans après la mort de Kadhafi en Libye : après lui, le Déluge ?

    Dix ans après le soulèvement populaire et la guerre civile, le chaos et les divisions règnent toujours en Libye. Malgré la constitution d’un gouvernement intérimaire... Voir l'article

    Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara pleinement mobilisé contre le terrorisme

    Alors que la cible géographique des attaques se déplace vers le golfe de Guinée, le président ivoirien affiche une combativité sans faille contre le terrorisme.... Voir l'article

    Djibouti : Ismaël Omar Guelleh est candidat, pour la 4ème fois, à sa propre succession

    Le dénouement de cet épisode de la vie « démocratique » djiboutienne ne sera un mystère pour personne : le président de la République Ismaël Omar Guelleh règne en... Voir l'article