Aluminium chinois : des mesures protectionnistes pour quoi faire ?

Publication: 06/06/2019

Si l’administration américaine a récemment supprimé les tarifs douaniers frappant les importations d’acier et d’aluminium en provenance du Mexique et du Canada, le problème reste entier : les industriels chinois, en surproduction chronique malgré les sanctions qui les frappent toujours, inondent le marché de leurs produits. Avec des conséquences parfois dramatiques sur les filières européennes et leurs milliers d’emplois.

 « America First » : en dépit de son slogan de campagne, Donald Trump a annoncé vendredi 17 mai la suppression des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium frappant les importations en provenance du Canada et du Mexique, en vigueur depuis le 1er juin 2018. Il s’agissait alors, pour l’hôte de la Maison Blanche, de forcer la main de ses deux voisins dans l’épineuse renégociation de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena). Au terme de treize mois de tractations, Washington, Ottawa et Mexico ont fini par trouver un terrain d’entente le 30 septembre dernier, donnant naissance à un nouvel accord (AEUMC). Le Canada, qui avait fait de la levée de ces tarifs douaniers une condition non-négociable du nouvel accord tripartite, a salué par la voix de son premier ministre, Justin Trudeau, un « grand pas » vers la ratification de celui-ci.

Malgré les sanctions, les industriels chinois écrasent le marché

Si la levée de ces tarifs douaniers représente incontestablement une bonne nouvelle pour les industries canadiennes et mexicaines, elle ne règle, en rien, la question de la prédominance chinoise sur les marchés mondiaux des matières premières. Résolument décidée à mener une guerre commerciale contre le reste du monde, l’administration Trump cible ainsi tout particulièrement Pékin, qu’elle accuse de concurrence déloyale. Une augmentation des tarifs douaniers américains a donc également été adoptée à l’encontre des tout puissants industriels chinois de l’acier et de l’aluminium. Tarifs douaniers qu’il est, paradoxalement, possible de contourner, via un opaque système « d’exclusions », c’est-à-dire d’exceptions permettant aux industriels de continuer d’exporter leurs marchandises vers le territoire étasunien.

Et à ce petit jeu, c’est bien la Chine qui mène. Ainsi, si le Canada a obtenu en 2017 que 0,2% de ses exportations d’aluminium bénéficient de telles exclusions, la Russie et les Emirats arabes unis n’ont quasiment pas obtenu d’exception, les rares arrachées l’ayant été au forceps. Au contraire des industriels chinois, dont 86% du volume de leurs exportations vers les Etats-Unis ont bénéficié, la même année, de telles exclusions. Résultat : alors que la Chine fait officiellement figure d’ennemi numéro un de la Maison Blanche, le pays s’est récemment imposé comme le second fournisseur de produits de l’aluminium des Etats-Unis, alors qu’il pointait auparavant à la quatrième place. De quoi relativiser les assertions de l’administration américaine, selon laquelle les importations d’acier et d’aluminium représenteraient une « menace pour la sécurité » des Etats-Unis.

De quoi, surtout, encourager la Chine dans le maintien de sa politique de surproduction, en dépit de ses annonces prétendant lutter contre ce phénomène. Si « menace » il y a, celle-ci risque bien d’être encore aggravée par la récente décision de Pékin visant à abaisser de 3 points son taux de TVA sur le secteur manufacturier chinois. Annoncée début mars par le premier ministre, Li Keqiang, cette mesure drastique devrait représenter, en baissant encore les coûts de production des industriels du pays, un gain de quelque 600 milliards de yuans pour le secteur, soit l’équivalent de 90 milliards de dollars ou de 0,6% du PIB annuel dégagé par l’Empire du Milieu.

Des répercussions dramatiques en Europe

La Chine, en vérité, n’a nullement l’intention de réduire la cadence de ses usines. Problème, les importations massives d’aluminium chinois en Europe ont des répercussions dramatiques sur la filière de l’aluminium européenne. Comme en Espagne, où la dernière fonderie Alcoa menace de fermer ses portes, à Lugo, en Galice. Il s’agissait de la seule usine d’aluminium primaire que le géant américain de l’aluminium conservait en Espagne, Alcoa ayant déjà mis la clé sous la porte de ses sites d’Aviles (Asturies) et de La Corogne.

Ces fermetures ne doivent rien au hasard. Elles sont notamment la conséquence d’un coût de l’énergie trop important, rendant la production d’aluminium espagnol peu compétitive sur le marché mondial. D’une manière générale, en Europe, le coût de l’énergie, sans commune mesure avec celui de l’énergie chinoise subventionnée, handicape les producteurs du Vieux Continent, encore défavorisés par les soutiens gouvernementaux auxquels peuvent prétendre leurs concurrents chinois. Les contrecoups de cette double peine se chiffrent, hélas, de façon vertigineuse : la fermeture du site Alcoa de Lugo devrait ainsi mettre 700 nouveaux employés sur le carreau, rejoignant la cohorte des chômeurs européens.

Impuissantes à refréner la production chinoise, les mesures protectionnistes américaines l’ont paradoxalement encouragée. Une production qui continue, via le mécanisme d’exceptions, d’inonder le marché américain, tout en assaillant en parallèle l’Europe, insuffisamment équipée pour faire face à cette profusion d’aluminium bon marché. En invoquant, pour justifier de ces tarifs douaniers, l’article 232 de la loi sur l’expansion commerciale de 1962, l’administration Trump a renforcé la mainmise de la Chine, déjà à l’origine de plus de 50 % de la production mondiale d’aluminium. S’il est trop tard pour que rien ne se soit passé, il ne l’est pas pour éviter que la domination chinoise ne se conforte encore. Après le Canada et le Mexique, à quand une levée générale des taxes douanières ?

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