Le compteur Linky victime d’une fake news ?

Publication: 06/01/2017

Election de Donald Trump, Brexit, montée des populismes en Europe… : l’année politique 2016 a déjoué nombre de pronostics. Elle aura également consacré le règne des « fake news », ces rumeurs et fausses informations qui se hissent désormais, quasi-quotidiennement, à la une de nos médias. Durant la campagne, le président élu américain s’est fait une spécialité de relayer ces intox. Donald Trump est allé jusqu’à nommer Stephen Bannon, le directeur du site Breitbart News, dont les articles sont régulièrement accusés d’antisémitisme et de complotisme, conseiller politique à la Maison Blanche…

Pour l’Oxford Dictionary, nous sommes même entrés dans l’ère de la post-vérité (« post-truth »), désignée « mot de l’année 2016 ». Ou comment la rapidité avec laquelle tout un chacun partage un contenu sensationnel prend le pas sur toute vérification de l’information. Une analyse que défend également Guillaume Brossard, du site Hoaxbuster, selon qui « on est gouverné par l’émotion, on a plutôt tendance à partager ce qui est scandaleux. (…) Tout ce qui se présente comme antisystème va prendre le pas sur la logique et la façon de penser ». Tout le monde n’ayant pas les moyens ni l’envie de prendre les armes ou de rejoindre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, s’en prendre au « système » peut passer par des actions à la portée de tout un chacun – et tout aussi efficaces. Par exemple, relayer de fausses informations à l’encontre d’un compteur d’électricité installé par Enedis (ex-ERDF), le gestionnaire du réseau électrique français.

L’affaire Linky en Bretagne, « fake news » type

Le 21 décembre dernier, le site Objet Connecté publie un article assurant que le préfet d’Ille-et-Vilaine, en Bretagne, « a exigé la désinstallation du compteur Linky du logement » d’une femme affirmant souffrir d’électro-hypersensibilité (EHS). Et de relater, avec force détails, l’enfer vécu par cette bretonne de 40 ans : non seulement le compteur incriminé aurait été installé en son absence, mais encore les ondes dégagées par celui-ci l’auraient-elles contrainte à déménager provisoirement chez des amis. A « 100 kilomètres » de son domicile, est-il précisé.

Après une série de malaises « impressionnants », la quarantenaire fait part de ses désagréments au maire de sa commune, qui contacte à son tour le Préfet d’Ille-et-Vilaine. « Celui-ci ordonne finalement le retrait du compteur Linky du domicile de la maman qui a ainsi pu revenir vivre dans sa maison en toute tranquillité », conclut Objet Connecté. Un « Happy End », en quelque sorte.

Mais à 18h55, ce même 21 décembre, une brève publiée par le quotidien breton Le Télégramme vient enrayer le récit : Christophe Mirmand, préfet de Bretagne et d’Ille-et-Vilaine, dément catégoriquement avoir ordonné le démontage du compteur. La décision, « entachée d’illégalité », a été prise par le seul conseil municipal de la commune où réside la personne souffrant d’EHS, et ce alors « qu’il n’est pas de la compétence communale d’intervenir en la matière », précise le communiqué. Et le préfet de rappeler le récent rapport du Conseil d’Etat, selon lequel « les rayonnements émis par les compteurs Linky (sont) conformes aux seuils réglementaires et à ceux admis par l’Organisation mondiale de la santé ».

Est-ce la victoire de la vérité sur la fausse information ? A l’heure d’Internet et de la post-vérité, rien n’est moins sûr. Malgré le démenti de la préfecture, le site Objet Connecté choisit de ne pas dépublier son article. Les rédacteurs se contentent de changer la forme affirmative de son titre en forme interrogative. Si un propos introductif mentionne bien la réaction du préfet, le corps de l’article reste inchangé. Aucun conditionnel ne vient pondérer les affirmations contenue dans la première version de l’article, informations dont il est pourtant avéré qu’elles étaient fausses.

Mais au fait, comment Objet Connecté, média sectoriel réputé sérieux, s’est-il emparé de cette « news » ? Dans son article, le site renvoie vers le billet de blog qui lui a servi de source, un blog Mediapart tenu par un certain Varanasi, retraité égrenant à longueur d’articles les arguments anti-Linky. Varanasi tient pour sa part son information de l’association Next-Up, ayant diffusé un communiqué de presse sur le sujet. Connu pour son activisme anti-Linky, l’association Next-Up ne l’est en revanche pas pour son impartialité.

Il est intéressant de remarquer qu’Objet Connecté a par la suite été repris par de nombreuses autres plateformes. Ces plateformes ont également pu, à leur tour, être citées comme sources par des plateformes tierces. Des reprises en cascade créant un effet de volume, bien souvent synonyme de crédibilité pour les internautes : si c’est répété partout, c’est bien que c’est vrai. Surtout, ce volume a pour effet de masquer la source originelle, de rendre son accès difficile, ou en tout cas chronophage, une mini-enquête devant être réalisée pour y parvenir. Or, ce temps, l’internaute, désireux de glaner un maximum d’informations le plus rapidement possible, ne l’a pas.

 

La science contre la rumeur

A l’âge d’Internet et des réseaux sociaux, vouloir contrer une rumeur s’apparente à un chemin de croix. Dans le cas des compteurs électriques, seule la science devrait faire foi. Et que nous dit-elle, la science ? Par le biais d’un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), elle « conclut à une faible probabilité que l’exposition aux champs électromagnétiques émis par les compteurs communicants, dans la configuration de déploiement actuelle, engendre des effets sanitaires à court ou long terme ». Une information sûre, vérifiée, même si pas très sensationnaliste il est vrai.

Article proposé par Quentin Blanchard, étudiant en intelligence économique

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Un commentaire

  • gilbert says:

    Même si le Linky ne présentait aucun problème de rayonnement (ce qui n’est pas prouvé), c’est un système intrusif, qui récupère des données sur nos modes de vie. Si vous n’en voyez pas l’intérêt, d’autres le voient déjà pour vous. Cerise sur le gâteau, on peut imaginer qu’un “futur gouvernement” utilise les capacités de commande à distance du Linky pour exercer des mesures coercitives. Exemple : votre smartphone ou un appareil appartenant à un membre de votre foyer a “borné” tout au long d’une manifestation interdite. Vous êtes priés de vous rendre au commissariat le plus proche sous 48 heures. En cas de refus, vous êtes informés qu’au titre de la loi de protection contre la délinquance, votre foyer peut-être privé d’alimentation électrique pour une durée indéterminée.
    a calme les enfants et les parents.
    Mais ce n’est qu’une mesure d’exception bien sûr.

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