Tensions Etats-Unis-Iran : Trump entre deux feux

Publication: 05/07/2019

America First ! Depuis l’élection de Donald Trump en 2017, ce slogan de campagne est symbolisé par le désengagement diplomatique et militaire des Etats-Unis au Moyen-Orient. Une prudence qui tranche avec la politique menaçante menée par l’Administration américaine contre le régime iranien.

Les tensions entre l’Iran et les Etats-Unis ont atteint un nouveau paroxysme ces dernières semaines. Selon des informations du New York Times, depuis confirmées par le principal intéressé, Donald Trump aurait annulé au dernier moment des frappes ciblées contre des sites stratégiques iraniens en réponse au dernier incident en date entre les deux pays. Jeudi 20 juin, les Pasadaran ont abattu un drone de l’US Navy qui se trouvait, selon Téhéran, dans son espace aérien, ce que conteste Washington qui affirme qu’il volait sur les eaux internationales. Des médias moyen-orientaux rapportent par ailleurs que l’Iran aurait rejeté une proposition des renseignement américains pour autoriser les Etats-Unis à bombarder quelques objectifs secondaires, choisis par Téhéran, afin que Trump ne perde pas la face dans cette campagne de communication où il alterne déclarations martiales et tentatives d’apaisement.

Info ou intox ? Toujours est-il que Washington n’a pas tardé a venger son drone abattu. Samedi 22 juin, le Washington Post révélait qu’une cyberatttaque lancée par l’US Army était parvenue à atteindre les serveurs de l’unité aérospatiale iranienne chargée des tirs de roquettes et de missiles. Une information aussitôt démentie par le ministre des Télécommunications iranien, Mohammad Javad Azari-Jahromi.

Un phénomène d’escalade

Dans cette crise à haute intensité que les chancelleries du monde entier observent avec la plus grande prudence, il y a ainsi un phénomène d’escalade résumé par l’ancien ambassadeur de France en Iran, François Nicoullaud, dans les colonnes de L’Orient-Le Jour : « Cela a commencé (…) après que Trump se fut attaqué aux sociétés pétrochimiques iraniennes en les plaçant sous sanctions, ces sociétés qui étaient des sources de revenus importantes pour l’Iran. Juste après, on a eu les deux pétroliers attaqués en mer d’Oman (le 13 juin : accusé, l’Iran nie en bloc, NDLR). Le dernier épisode, c’est la décision de l’envoi d’un millier de soldats américains dans la région, ce à quoi l’Iran a répondu avec la destruction du drone. L’Iran a saisi l’occasion qui lui était donnée pour montrer qu’il ne se laisse pas marcher sur les pieds. »

Les accords de Vienne trop cléments ?

De fait, si Trump fait preuve d’un activisme brouillon dans nombre de dossiers diplomatiques, sa ligne de conduite vis-à-vis de l’Iran est claire depuis le début de son mandat. L’actuel président américain a toujours considéré que l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien de 2015 était trop clément. D’une part, parce qu’il n’empêchait en rien le régime des Mollahs de poursuivre sa politique régionale de constitution d’un arc chiite face aux alliés sunnites et israéliens des Etats-Unis. D’autre part, parce qu’il n’aboutirait pas au démantèlement de la filière nucléaire iranienne, mais seulement à son amoindrissement dans le cadre de contrôles stricts. En mai 2018, il a donc retiré unilatéralement les Etats-Unis d’un accord approuvé par les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU et l’Allemagne. Dans le même temps, il a réactivé une politique de sanctions pour étouffer économiquement le pays et contraindre son gouvernement à faire de plus grandes concessions.

Stratégie à haut risque, à l’origine de l’actuelle escalade, qui souffre d’un défaut originel : dans ce rapport de force qu’il a installé, le président américain n’a jamais défini les contours d’une sortie de crise – effondrement du régime de l’intérieur ? Pression maximale pour obliger Téhéran à négocier ? Attaques ciblées ? En attendant, l’Iran menace de dépasser le seuil d’uranium autorisé par l’accord de Vienne et de reprendre le processus d’enrichissement…

Un entourage divisé

Quoi qu’il en soit, la destruction du drone par les Iraniens a offert des arguments aux faucons de l’Administration américaine, favorables à une intervention armée pour démontrer la puissance persistance des États-Unis et contrecarrer l’expansionnisme de l’Iran en Syrie, au Liban et au Yémen. Une option qui a également les faveurs de Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien.

Cependant les atermoiements de Donald Trump prouvent que l’entourage du président américain est divisé quant aux représailles. D’un côté, les néo-conservateurs de l’Administration – le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, la directrice de la CIA Gina Haspel – poussent pour une réponse militaire. De l’autre, les responsables du Pentagone, des officiers supérieurs comptables de la vie de leurs hommes stationnés dans le Golfe et inquiets pour les intérêts américains dans la région, misent sur l’apaisement et la négociation. Trump semble avoir suivi l’avis des seconds et évite pour l’instant à son pays un conflit armé à l’issue incertaine.

Car si les capacités militaires de l’Iran, notamment aéronavales, sont limitées, sa défense anti-aérienne, issue de la technologie russe, a démontré son efficacité en abattant le drone RQ-4A Global Hawk de l’armée américaine, un engin d’espionnage réputé indétectable. Ainsi, l’état-major américain est sans nul doute plus que réticent à s’enliser dans un nouveau bourbier après les déconvenues afghane et irakienne.

Dans cette guerre de communication ou chacun veut sauver les apparences, l’Iran a un dernier atout dans sa manche. L’attaque contre le drone est en effet survenue une semaine après le lancement de la campagne électorale de Donald Trump, élu en 2017 sur sa volonté de retirer les troupes américaines du Moyen-Orient et de ses guerres. Peut-il prendre aujourd’hui le risque d’allumer le feu sous la poudrière qu’il a lui-même fabriqué ?

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