Guinée : le domicile de l’opposant Cellou Dalein Diallo détruit par la junte

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A Dixinn, il ne reste que des gravats là où se tenait auparavant le domicile de Cellou Dalein Diallo, leader de l’UFDG, le premier parti d’opposition. La junte a fait détruire sa demeure, sujet d’un litige entre l’opposant et les autorités, qui réclament la rétrocession du terrain sur lequel elle est bâtie.

 

La destruction du domicile de Cellou Dalein Diallo, symbole inquiétant

 

L’irréparable est fait. Le CNRD a franchi le Rubicon, et, sans la moindre légitimité juridique, fait détruire par ses zélotes la demeure de Cellou Dalein Diallo, alors même qu’une décision de justice était attendue sur le sujet. Cellou Dalein Diallo avait ainsi transmis aux autorités compétentes des preuves justifiant de la légalité de sa présence à Dixinn, dont le décret du président Lansana Conté. Faisant fi de tout respect pour la justice, la junte a acté sa décision sans aucun contrôle, faisant ressurgir en Guinée de sombres souvenirs. Car cette action unilatérale, décidée en dehors du droit commun, n’est pas sans rappeler les exactions commises par les tyrans d’hier.

A ceci près que même eux n’avaient osé piétiner les décisions de justice qui confirmaient la légalité de la présence de Cellou Dalein Diallo en ces lieux, respectant encore un semblant de droit en Guinée. Un usage qui ne semble plus avoir cours désormais. L’image est frappante : en rasant les murs du domicile de Cellou Dalein Diallo, c’est l’Etat de droit que le président Doumbouya a détruit, lui qui avait pourtant fait naître l’espoir du retour de la justice et du droit en Guinée.

Une situation qui n’a pas échappé à la CEDEAO, qui a longuement évoqué les tensions en cours en Guinée dans son dernier communiqué. Soulignant l’absence de dialogue politique et les actions illégitimes des autorités de transition, la CEDEAO a agité lors d’un sommet spécial le 25 mars le spectre des sanctions économiques et financières, si aucun chronogramme de transition n’était établi d’ici le 25 avril.

 

Une rupture consommée avec la classe politique guinéenne

 

En s’aliénant tous les représentants politiques guinéens, la junte semble vouloir régner sans partage. Les demandes de justice, de cadre de transition établi et de représentation politique portées par Cellou Dalein Diallo restent ainsi inaudibles par le CNRD, qui lui a opposé une fin de non-recevoir. Cette déclaration de guerre, si elle vise en premier lieu l’ancien Premier ministre, qui fait office de principal opposant, s’adresse également à l’ensemble de la classe politique guinéenne. L’épée de Damoclès pend au-dessus de la tête de chaque citoyen prêt à se battre et à défendre la démocratie et l’État de droit en Guinée.

Un choix contestable, qui pourrait bien s’avérer contre-productif pour le CNRD. Loin de démoraliser ses opposants, cette action semble au contraire les avoir mobilisés et unifiés. Cellou Dalein Diallo pourrait bien lancer un cri de ralliement dans les prochaines semaines pour relancer les manifestations contre la junte, à l’image de celles qui avaient ébranlé le régime d’Alpha Condé.

En détruisant le domicile de Cellou Dalein Diallo, dont l’assise populaire est importante dans le pays, la junte a détruit la confiance qui la liait au peuple guinéen. La reconstruire relève de la gageure.

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