Qatar crise du golfe

Crise du Golfe : la guerre de l’information tourne à plein régime

Publication: 03/05/2018

La crise du Golfe, qui oppose depuis l’été 2017 les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite au Qatar, donne lieu à de nombreuses opérations de communication et de propagande. Ne reculant devant rien, Abu Dhabi a même recruté un ancien du Pentagone pour réaliser une série de films associant Doha au terrorisme international.

 

« L’information, c’est le pouvoir » : cette citation de l’auteur américain John Grisham est plus que jamais d’actualité. La crise du Golfe, débutée au cours de l’été 2017 par la rupture unilatérale des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU), d’une part, et le Qatar, de l’autre, en offre une nouvelle illustration. Pour Abu Dhabi, tous les coups sont permis pour nuire à la réputation de l’adversaire et faire triompher sa propre vision du conflit.

 

Un vétéran du Pentagone engagé par les EAU pour nuire au Qatar

Un article, publié le 23 avril par le Bureau of Investigative Journalism, révèle ainsi qu’un vétéran des opérations de propagande du Pentagone a été débauché, l’année dernière, par une société basée à Dubaï. La mission de Charles Andreae : créer un film accusant le Qatar de liens avec le terrorisme. Ce sont ces accusations, réfutées par le Qatar, qui avaient, en partie, justifié la mise au banc de Doha par Riyad et Dubaï et l’imposition d’un sévère blocus économique.

Charles Andreae n’est pas un perdreau de l’année. Avant de travailler pour les EAU, notre homme officiait chez Bell Pottinger, une entreprise spécialisée en relations publiques. C’est en tant que CEO de Bell Pottinger qu’il a conclu un deal à 500 millions de dollars avec le Pentagone, afin de mener des opérations d’influences secrètes durant la Seconde Guerre d’Irak. Désormais à la tête d’Andreae & Associates (A&A), Charles Andreae aurait reçu la coquette somme de 500 000 dollars afin de produire un film en six actes destiné à démontrer l’implication du Qatar dans le terrorisme international.

Intitulé « Qatar : À Dangerous Alliance », le film produit par Andreae donne la parole à des experts conservateurs établissant un lien entre Doha et des activités terroristes. Entrecoupé d’images d’archives ou d’actualité, il a été visionné plus de 700 000 fois sur la plateforme de vidéos YouTube. Il a également été distribué lors d’évènements prestigieux, comme celui organisé, en octobre 2017, par le think tank américain Hudson Institute — événement auquel participait l’ancien collaborateur de Donald Trump, le sulfureux et très droitier Steve Bannon.

On s’en serait douté, Charles Andreae n’a pas révélé son implication dans la production de ce film de commande de son plein gré. Il y a été contraint par la législation américaine, celle-ci obligeant les lobbyistes et agences de relations publiques à révéler leurs activités en lien avec des pays étrangers. Selon sa déclaration, A&A a bien été démarché en août 2017 par une entreprise dénommée Lapis Communication, une société basée à Dubaï, afin de produire « six formats multimédias reprenant une enquête sur le rôle joué par l’État du Qatar et ses connexions avec le terrorisme international ».

Une lettre de mission on ne peut plus explicite, émise au moment même où les EAU et l’Arabie saoudite déclenchaient leur blocus contre le Qatar. De son côté, Charles Andreae s’est, en janvier 2018, officiellement enregistré au Sénat américain en tant que lobbyiste sur les relations entre les États-Unis et le Qatar, au nom de Lapis Communication. Et, selon le New York Times, Charles Andreae aurait pour mission de favoriser les intérêts des EAU à Washington, en ciblant l’un des leveurs de fonds de Donald Trump, un certain Elliot Broidy — lui-même impliqué dans diverses opérations de propagande anti-Qatar. Broidy était également présent lors de l’évènement organisé par le Hudson Institute, lors duquel a été projeté le film « Qatar : À Dangerous Alliance ».

 

L’Arabie s’offre des spots anti-Qatar aux États-Unis

La crise du Golfe représente une manne pour les agences de relations publiques et autres lobbyistes en tout genre. Déjà en 2017, les Saoudiens s’étaient offert une campagne de publicité dirigée contre le Qatar, campagne qui fut diffusée aux heures de grande écoute aux États-Unis. Les spots de 30 secondes décrivaient un Qatar complice du terrorisme, déstabilisant les alliés des Américains au Moyen-Orient.

À 1 000 dollars la seconde de publicité, la campagne de propagande saoudienne aura coûté quelque 138 000 dollars au Saudi American Public Affairs Commitee (SAPRAC), un lobby de l’Arabie aux États-Unis. Une campagne qui ne visait manifestement pas tant à convaincre l’opinion publique américaine, que les décideurs de Washington, et, in fine, influer sur leurs politiques dans la région. Ni le SAPRAC, ni Charles Andreae ou quiconque chez Lapis Communication n’ont, pour l’heure, répondu aux questions des journalistes américains sur leur implication dans ces campagnes de propagande.

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