Empêtré dans « le piège de la dette » chinois, le Monténégro appelle Bruxelles à l’aide

Incapable de rembourser l’emprunt qu’il a contracté auprès d’une banque chinoise pour financer la construction d’une autoroute, le Monténégro en appelle à Bruxelles qui temporise.

C’est un tracé qui coute cher. Entre 20 et 25 millions d’euros par kilomètre. Tellement cher que le Monténégro n’arrive plus à financer la construction de l’autoroute qui était censée désenclaver et développer l’économie du pays. Résultat, une partie du territoire de ce petit Etat des Balkans, peuplé de 600 000 habitants, pourrait bien tomber dans les griffes chinoises. Comme d’autres avant lui…

Indépendant depuis 2006, le Monténégro est membre de l’Otan et candidat à l’Union européenne. Après un refus de la Banque mondiale en 2014, son gouvernement s’est pourtant tourné vers Pékin pour obtenir une avance d’un milliard de dollars – environ 10 % de son PIB – afin de bâtir cette autoroute qui traverse de part en part son territoire encaissé et montagneux. Le gouvernement de l’époque a ainsi contracté un emprunt de 944 millions de dollars auprès de l’Export-Import Bank of China, une banque publique chinoise. Seule condition posée par Pékin : confier à la China Road and Bridge Corporation (CRBC) le chantier de construction sur un tracé qui s’élance de la ville de Bar, sur l’Adriatique, dessert la capitale Podgorica, avant de filer vers la Serbie voisine. Un défi technique et financier colossal – surdimensionné estiment certains experts – compte tenu de la quantité de ponts à édifier et de tunnels à creuser.

Le Monténégro dans une impasse

Sept ans après le début du chantier, les travaux ont d’ailleurs accumulé les retards. Seul le premier tronçon de 40 kilomètres, sur un total de 170 kilomètres, est actuellement en construction. Surtout, le milliard d’euros a déjà été dépensé. Fragilisé par la pandémie de Covid-19 du fait d’une économie peu diversifiée et dépendant essentiellement du tourisme, le Monténégro n’a même plus les fonds pour achever ce premier segment. Et encore moins pour terminer les deux autres segments de l’autoroute. Or, en contractant son prêt, le pays a notamment accepté de renoncer à sa souveraineté – hors secteurs diplomatique et militaire – sur des zones de son territoire en cas de problèmes financiers.

Redoutant le défaut de paiement et craignant d’être obligé d’en arriver à cette extrémité, le gouvernement monténégrin a demandé de l’aide à l’Union européenne. Mais il a beau arguer d’une défaillance de l’entreprise chinoise, sa marge de manoeuvre reste limitée. De fait, si Bruxelles venait au secours de Podgorica, rien n’oblige Pékin à accepter. En cas de litige, la décision finale reviendrait à un tribunal chinois comme le stipule le contrat. Pris dans « le piège de la dette », l’ancienne république yougoslave se retrouve dans une impasse. Un schéma récurrent pour les pays concernés par les itinéraires des Nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road Initiative, BRI) : la construction d’infrastructures au prix d’un endettement massif envers Pékin. Et des garanties à sens unique, lui permettant de faire main basse sur ces infrastructures. Certains évoquent déjà la convoitise de l’Empire du Milieu pour le port en eau profonde de Bar. Lequel représenterait une base logistique lui facilitant l’accès aux marchés internationaux et l’écoulement de ses produits en Europe du Sud.

Le forum 17+1

Profitant de la crise de 2008, Pékin a ainsi racheté le port du Pirée en Grèce, mais aussi investi nombre de marchés stratégiques au Portugal dans des secteurs comme l’énergie, les services publics ou la banque. Et, ces dernières années, il a multiplié les crédits dans les Balkans et en Europe centrale, facilitant le financement de projets à coup de milliards de dollars. C’est le résultat du Forum 17+1 initié par Pékin en 2012, un édifice mis sur pied pour étendre son influence économique et politique en Europe en dehors du cadre institutionnel de l’Union européenne (UE). Il s’agit de 17 pays d’Europe centrale et des Balkans, dont 11 sont membres de l’UE, que Pékin vise particulièrement dans le cadre de sa stratégie des « nouvelles routes de la soie ». Avec les conséquences que l’on sait…

L’Union européenne n’a pas encore délivré de réponse claire à l’appel du Monténégro. Mais Bruxelles a d’ores et déjà fait savoir qu’aider un pays tiers à rembourser des emprunts mal avisés constituerait un fâcheux précédent. Sans compter la difficulté administrative et politique d’une telle opération.

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