Tentative de coup d’État au Qatar en 1996, les nouvelles révélations d’un ancien gradé français

Publication: 01/01/2019

L’ancien chef du GIGN a révélé de nouveaux éléments dans l’affaire du coup d’État avorté contre le précédent émir du Qatar en 1996. Ceux-ci mettent en lumière l’implication de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et Bahreïn. Bis repetita : le même trio à l’organe du blocus imposé au petit émirat depuis juin 2017.

Du neuf sous le soleil

Dans une interview exclusive accordée à Al Jazeera, Paul Barril a déclaré que le plan visant à renverser le gouvernement qatari en février 1996 avait été soutenu par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU) et Bahreïn. Une implication dont peu doutaient encore, mais qui se trouve ici étayée par un nouveau témoignage de tout premier plan.

Retour sur cet évènement peu connu en France : en juin 1995, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani destitue son père à la suite d’un coup de palais (ce dernier s’étant par ailleurs lui-même hissé à la tête de l’émirat par un coup d’État contre son oncle en 1972). Accompagné d’une équipe jeune formée dans les universités occidentales à qui il distribue de nombreux postes-clés, le nouvel émir Hamad souhaite moderniser son pays (dès le début de son règne, il prend des mesures en faveur de la liberté de la presse et encourageant l’élection d’un parlement élu démocratiquement), mais également le sortir de sa position peu enviable de satellite de l’Arabie saoudite.
De nombreux membres de haut rang de la famille Al Thani, soutiens de l’émir déchu et donc aidé par des pays voisins, vont alors organiser une riposte portant le nom d’« opération Abu Ali ».
Initialement prévue au 16 février 1996, la date du coup est avancée au 14, et, moins de deux heures avant l’assaut sur la résidence où se trouvait l’émir, les agents du gouvernement décrètent l’état d’urgence suite à une fuite provenant d’un conjuré. Par conséquent, l’opération est annulée au dernier moment et se solde par un fiasco.

Celle-ci fut supervisée à l’époque par Paul Barril, ancien officier de gendarmerie ayant commandé le GIGN ayant participé à la création de la cellule antiterroriste de l’Élysée avant de fonder plusieurs entreprises dans le domaine de la sécurité privée.
Après avoir rappelé que le coup était soutenu par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU) et le Bahreïn, le militaire français a affirmé à la chaîne Al Jazeera que les EAU en particulier lui avaient apporté une aide précieuse en fournissant 40 soldats d’élite, particulièrement bien entraînés. Lui et son équipe — chargée d’arrêter Sheikh Hamad ainsi que le ministre des Affaires étrangères — ont été hébergés dans l’hôtel InterContinental d’Abu Dhabi (la capitale des EAU) où de nombreuses armes étaient entreposées. L’actuel prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed bin Zayed al-Nahyan — qui était à l’époque commandant en chef des forces des EAU — leur aurait également fourni des passeports afin de faciliter leurs déplacements.
Les armes auraient alors été fournies par l’Égypte, tandis que l’Arabie saoudite pouvait compter sur des troupes africaines pour maintenir l’ordre dans le petit émirat si la situation dégénérait : suite à un contrat de 20 millions de dollars avec le président Idriss Deby, 3000 soldats tchadiens étaient prêts à intervenir. Enfin, le Bahreïn aurait accepté de servir de base arrière, afin que Barril et son équipe supervisent l’opération en cours à Doha via des écoutes téléphoniques.

Le Français a également déclaré que cette conjuration avortée — dont il estime le coût à 100 millions de dollars — aurait entraîné un « massacre » si elle avait été mise en œuvre. Un bain de sang (certains parlent d’un millier de victimes potentielles) qui aurait été évité par un coup de téléphone du président Chirac qui a personnellement ordonné à Barril d’empêcher toute « folie » de se produire.

Comme un air de déjà vu

Ces révélations font suite à la diffusion par Al Jazeera en mars dernier d’un documentaire intitulé « Ma khafiya a’dham » (« Ce qui est caché est pire ») fruit de nombreux mois de travail visant à lever le voile sur les mystères entourant la tentative de coup de 1996. Les 14 millions d’internautes qui ont suivi le programme sur les réseaux sociaux lors de sa diffusion montrent que le sujet éveille toujours un vif intérêt dans cette région du globe, intérêt d’autant plus entretenu par l’actualité récente.

 

En effet, les pays qui ont activement participé à la préparation de l’opération Abu Ali sont les mêmes que ceux qui imposent un blocus au Qatar depuis le printemps 2017, avec un objectif identique : déstabiliser le petit émirat gazier pour mieux le vassaliser.
L’ancien ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel a par ailleurs révélé que le quatuor du blocus (Arabie saoudite, EAU, Bahreïn et Égypte) était sur le point d’envahir militairement le Qatar au début de la Crise du Golfe, en juin 2017. Une offensive qui n’aurait été empêchée par l’intervention de l’ancien secrétaire d’État américain Rex Tillerson.

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