Moïse-Katumbi

Moïse Katumbi, l’homme à abattre de la RDC

Publication: 29/01/2018

Afin d’étouffer la contestation grandissante à l’encontre de son régime, le président Joseph Kabila s’attaque à la figure de Moïse Katumbi, premier opposant politique devenu l’homme à abattre. L’objectif : couper la tête du mouvement.

La République démocratique du Congo va-t-elle sombrer dans le chaos ? C’est ce que craignent de nombreux spécialistes alors que Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, tente par tous les moyens de se maintenir à la présidence du pays. Cela passe par une campagne de sape à l’encontre de Moïse Katumbi, l’opposant le plus populaire du pays, où rumeurs et fausses informations côtoient procès politiques et plans échafaudés par l’ANR, le service de renseignement congolais.

 

Une violence croissante

 

Malgré l’accord dit de la Saint Sylvestre, signé le 31 décembre 2016 par le pouvoir et l’opposition, et dans lequel était annoncée l’organisation d’élections présidentielles, celui dont le mandat à la tête du pays était supposé prendre fin en décembre 2016 n’a toujours pas quitté ses fonctions.

Le Rassemblement, regroupement de différents partis d’opposition, présidé par Félix Tshisekedi, estime l’accord bafoué depuis que Kabila a repoussé les élections à fin 2018. Depuis début janvier, les contestations populaires s’intensifient, notamment dans la capitale, Kinshasa.

Le 21 janvier, au moins six personnes auraient trouvé la mort lors d’un rassemblement organisé par un collectif proche de l’Eglise, force neutre du pays, mais favorable à l’organisation rapide d’un nouveau scrutin. Selon des observateurs de la mission des Nations Unies (Monusco), les policiers auraient violemment réprimé la manifestation, ouvrant le feu sur le cortège et procédant à plus d’une centaine d’arrestations.

 

Moïse Katumbi forcé de quitter le pays

Mais la répression s’exerce également sur les leaders de l’opposition. En effet, épaulé par le ministre de la justice Alexis Thambwe Mwamba et le chef de la puissante Agence nationale des renseignements (ANR), Kalev Mutond, le président s’est lancé dans une vaste campagne contre Moïse Katumbi, favori des sondages. Ancien gouverneur de l’immense province du Katanga, l’homme d’affaires né d’une mère congolaise et d’un père grec a rejoint l’opposition en 2015, dénonçant les dérives autoritaires de Kabila et son mépris de la constitution.

En mars 2016, il est désigné candidat à la présidentielle par le G7, un rassemblement de partis hostiles au pouvoir en place. Populaire, le président du Tout puissant Mazembe, l’un des plus gros clubs de football du pays, a depuis été la cible d’attaques judiciaires qui l’ont contraint à s’exiler en Europe. Deux mois seulement après l’annonce de sa candidature, l’opposant de 53 ans est accusé de fomenter un coup d’Etat en recrutant des mercenaires américains, dont le conseiller en sécurité Darryl Lewis.

Au milieu de la cohue générale, lors de la dernière des trois audiences, Katumbi est blessé par des policiers. Il gagne l’Afrique du Sud pour se faire soigner. Alors que l’ambassade américaine et l’association Human Rights Watch dénoncent un procès politique, Darryl Lewis est relâché faute de preuves. De retour aux Etats Unis, il porte plainte contre Kalev Mutond et Alexis Thambwe Mwamba, dénonçant des actes de torture.

Quelques semaines après, Katumbi est accusé de spoliation immobilière par un citoyen grec, Alexandros Stoupis. Toujours soigné en Afrique du Sud, il est condamné à 36 mois de prison, un million d’euros d’amende et devient donc inéligible. Près de trois mois après, Chantal Ramazani, juge au tribunal de Lubumbashi où s’est déroulé le procès, fuit le pays, dénonçant une pression sur la justice… par l’exécutif.

Le 22 septembre 2016, dans un article du Monde, elle explique ainsi avoir été « obligée » de condamner Moïse Katumbi, et dénonce des « contraintes physiques et morales », exercées notamment par Kalev Muntond. Elle est aujourd’hui réfugiée en France et sous protection de la Fédération internationale des ligues de droits de l’Homme.

 

Rumeurs et déstabilisation de l’opposition

Malgré son exil et son inéligibilité, Moïse Katumbi est toujours considéré comme le candidat légitime par une partie de la population et par les partis d’opposition. Depuis sont départ, le pouvoir de Kabila tente donc par tous les moyens de décrédibiliser sa candidature. Selon plusieurs médias locaux citant des sources de l’ANR, Kalev Muntond serait actuellement en train d’organiser un faux coup d’Etat, et prévoit de l’attribuer à Katumbi.

Des rumeurs sur sa nationalité ont également été diffusées par les réseaux de Kabila. Le ministre de la justice, Alexis Thambwe Mwamba avait ainsi déclaré dans les médias que Katumbi détenait la nationalité italienne. Malgré le démenti catégorique de l’intéressé, l’information avait créé polémique et confusion, sa peau métisse encourageant les accusateurs les plus véhéments.

Plus récemment, le Rassemblement a dénoncé une campagne médiatique orchestrée par la présidence et visant à le délégitimer en tant que chef de l’opposition. Plusieurs médias affirmaient en décembre que l’ex-gouverneur du Katanga était contesté au sein du G7, regroupement de sept partis d’opposition, et que certains voulaient le voir se retirer de la course à la présidentielle.

Dans une interview accordée début janvier à Tshangu, une télévision locale, l’homme d’affaires a nié toute dissension et dénoncé « des rumeurs »« L’objectif que nous avons aujourd’hui, c’est de faire partir Kabila. Ce ne sont pas des querelles internes au niveau de l’opposition. Nous sommes unis », a-t-il expliqué avant de s’attaquer aux « prophètes de malheur de la majorité présidentielle ». «Ils ne savent pas organiser les élections et veulent distraire la population congolaise », a-t-il conclu en appelant de ses vœux une résolution rapide du conflit.

 

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