De la friture sur la ligne entre Paris et Téhéran ?

Publication: 22/11/2017

Alors que les sujets de discorde se multiplient entre la France et l’Iran, à l’image du programme balistique iranien ou des tentations hégémoniques de Téhéran au Moyen-Orient, Emmanuel Macron et son homologue Hassan Rohani redoublent d’efforts pour normaliser leurs relations. 

Pour l’Elysée, ce dossier a tout d’une patate chaude puisque E. Macron souhaite occuper un rôle déterminant dans la résolution de la crise moyen-orientale, animée de mille feux par l’Arabie Saoudite et l’Iran. Mais ce n’est pas tout, l’Accord sur le nucléaire de juillet 2015 a également sensiblement boosté l’axe économique Paris-Téhéran.

France 24 a donc sollicité François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran et expert en politique internationale, afin de défricher ce dossier. Ce dernier s’est montré rassurant quant à la solidité de ce partenariat : 

“Je ne crois qu’il y ait un risque de fracture. Il y a eu des mots échangés qui ont été très peu appréciés de part et d’autres. Mais depuis, la tension a baissé d’un ton (…) Il s’agit pour eux (…) de protéger la perspective d’une visite du président Macron en Iran. Nul n’a intérêt à laisser passer cette chance. E. Macron a très envie d’y aller pour marquer la volonté de la France de dialoguer avec tout le monde et de peser à nouveau dans la région. Quant aux Iraniens, ils ont très envie de le recevoir pour prouver qu’ils ne sont pas isolés, le tout, dans le cadre d’une visite qui serait historique pour les deux pays. (Et pour cause), depuis la signature de l’Accord sur le nucléaire, une page s’est tournée et les rapports se sont bien rétablis.”

Avant de rappeler le rapport économique prégnant entre les deux nations : 

“La France a un intérêt économique dans cette relation, qui profite à nos entreprises, mais ce n’est pas l’unique motivation. L’Iran est un pays charnière très particulier en raison de sa situation géographique, une sorte d’Empire du Milieu, faisant la liaison avec des aires géopolitiques que sont l’Asie centrale, l’Asie du Sud, le Moyen-Orient et la Turquie. C’est un élément très important qui joue dans la nécessité de développer avec ce pays une relation nourrie, car cela nous permettrait d’être bien plus présents dans ces différentes aires géographiques.”

Toutefois, en ce qui concerne le conflit historique entre Téhéran et Riyad, l’intéressé a tenu à tempérer la marge de manoeuvre dont bénéficiait Paris lors d’une éventuelle médiation : 

“Elle est étroite, mais sans risque réel. Je ne crois pas très franchement qu’on puisse à court terme, même avec une visite d’Emmanuel Macron en Iran, être le moteur d’une réconciliation entre ces deux puissances rivales. D’un point de vue plus global, les États-Unis restent très présents dans la région, Donald Trump a restauré la relation avec les Saoudiens, qui s’était distendue sous l’administration Obama. La France sait qu’elle ne prendra pas la place des Américains, ce n’est ni son raisonnement ni son but, mais elle essaye de tout mettre en place pour faire entendre sa propre voix.”

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