Vincent Lambert et l’hérésie de la Justice

Publication: 16/10/2017

Cruelle victime de la route en 2008, Vincent Lambert est le plus célèbre tétraplégique de France. Piégé dans sa prison organique, l’homme fait l’objet d’un marasme judiciaire inquiétant dont le seul but est de définir s’il doit vivre ou mourir. Entre une famille très croyante opposée à l’euthanasie, des médecins favorables à la fin de vie du patient et un pouvoir judiciaire désordonné, l’homme souffre dans un silence froid et absurde. Retour sur un drame insupportable auquel les médias ont cessé peu à peu de s’intéresser, business oblige.

Homme au volant, arnaque au tournant

L’affaire tourne autour de deux axes assez complexes : la religion et la loi. Pour les parents de Vincent, catholiques accomplis, l’euthanasie n’est ni plus, ni moins, qu’une hérésie. Selon l’Église, chacun est responsable de sa vie devant Dieu, qui la lui a donnée.

Toutefois, l’homme en garde la maîtrise et devra répondre de ses actes le jour J. Autrement dit, une action ou une omission ayant pour conséquence de donner la mort afin de supprimer la douleur constitue un meurtre d’un point de vue biblique. Hypothèse largement soutenue par le Vatican.

Vous l’aurez donc compris, une partie de la famille souhaite ardemment que le suicide assisté n’ait jamais lieu. Une autre partie (l’épouse, un neveu et les médecins), se veut beaucoup plus pragmatique ou humaniste (au choix) : l’euthanasie est la seule solution viable pour mettre fin à un calvaire qui a manifestement trop duré.

Mais une troisième partie subsiste, sans mauvais jeu de mot, Vincent lui-même. L’homme s’est clairement placé, par le passé, en faveur d’une euthanasie dans le cas d’un accident de cette ampleur. Malheureusement, le patient n’a exprimé cette volonté qu’oralement. Or en droit français, l’écrit prime toujours sur un simple souhait tacite…

Quand la société perd la raison

Le tribunal administratif avait précédemment conclu, dans cette affaire, l’applicabilité de la loi Léonetti. Ce texte interdit l’obstination déraisonnable du corps médical sur le patient lorsque tout cela est vain.

La décision de stopper un tel traitement peut être prise collégialement par la famille. En cas de désaccord, c’est la volonté de la victime qui fait foi. Volonté qui ne découle d’aucune preuve écrite donc. Le pouvoir judiciaire est ainsi seul décideur en l’espèce. Ni les médecins, ni la famille, ni la victime ne sont en mesure de prendre cette décision.

Une aberration pure et simple. Et une infâme régression dans une société se voulant progressiste, libre, égale et fraternelle. Cette ingérence est d’ailleurs vivement condamnée par les médecins.

Aidez-le et le Ciel l’aidera

Le Conseil d’État s’est finalement prononcé, en juin 2015, en faveur de l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation artificielle qui maintiennent Vincent en vie. Si l’on pensait avoir trouvé l’épilogue de ce chemin de croix, il n’en fut malheureusement rien…

Mathieu Portogallo

(La suite de la procédure par le site : (http://www.jesoutiensvincent.com)

  • La décision d’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation n’est pas appliquée

23 juillet 2015 : les médecins décident de ne pas appliquer la décision d’arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert. Ils saisissent la justice pour désigner un représentant légal du patient et demander sa mise sous protection.

9 octobre 2015 : le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne (Marne) rejette la demande du neveu de Vincent Lambert, qui réclamait que les médecins du CHU de Reims appliquent sans délai la décision d’arrêt des traitements.

  • La justice confie la tutelle de Vincent Lambert à sa femme 

10 mars 2016 : la justice confie la tutelle de Vincent Lambert à sa femme, Rachel Lambert.

5 décembre 2016 : Vincent Lambert a tenté quatre fois de vocaliser, devant ses parents, et la 4ème fois devant deux aide-soignantes qui en ont été impressionnées.

  • Deux nouvelles étapes judiciaires 

26 mai 2016 : Audience devant les juges de Nancy, sur demande du  neveu de Vincent Lambert,  afin d’annuler ou de confirmer la décision du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne qui, en 2015, avait rejeté une nouvelle demande d’arrêt de l’hydratation et de l’alimentation de Vincent Lambert.

9 juin 2016
 : les avocats de madame Viviane Lambert contestent la tutelle de Vincent Lambert à sa femme, Rachel Lambert, qui est pourtant partie prenante du conflit.

  • La Cour d’Appel administrative de Nancy demande la reprise de la procédure collégiale 

16 juin 2016 : la Cour d’appel administrative de Nancy demande au CHU de Reims de donner au médecin « les moyens de poursuivre le processus de consultation » d’experts pouvant mener à un arrêt de la nutrition et l’hydratation de Vincent Lambert.

Février 2017 : le docteur Simon démissionne à son tour du CHU de Reims. Elle est remplacée par le docteur Sanchez.

  • Retour au Conseil d’Etat 

10 juillet 2017 : le Conseil d’Etat examine une nouvelle fois la situation de Vincent Lambert, saisi par le demi-neveu et les parents de Vincent, après l’arrêt rendu en 16 juin 2016. Le rapporteur public a estimé qu’un médecin, y compris dans le cadre d’une procédure collégiale, n’est jamais tenu d’exécuter les décisions prises par son prédécesseur, mais doit prendre lui-même une décision médicale, à la suite d’une nouvelle procédure collégiale (pour en savoir plus).

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