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Les Zones à défendre (ZAD), une certaine idée de la démocratie

Publication: 13/11/2017

Défenseurs d’un environnement menacé, volonté de « vivre autrement », détachés des diktats de la société de consommation, les zadistes défendent des causes qui parfois leur échappent. C’est le cas par exemple à Bure, dans la Meuse, où des militants sont opposés au projet Cigéo de stockage en profondeur des déchets nucléaires depuis 2015.

Arme politique et citoyenne

« Le terme de ZAD est devenu une marque politique et sociétale, un label contestataire qui présente l’avantage d’attirer l’attention des médias [et] la sympathie d’une partie de l’opinion publique » expliquait Philippe Subra, professeur à l’Institut français de géopolitique, au Figaro en 2016. Si « le phénomène recouvre des réalités très diverses par leur taille, leur objet, le territoire dans lequel elles sont implantées », toutes les ZAD partagent au moins une chose en commun : faire céder la puissance publique. Leur arme ? « L’occupation permanente » et une obstination aveugle.

Réelle arme politique et citoyenne, les ZAD ne constituent pour certains qu’une forme d’expression de la démocratie – et une forme bienvenue, dans quelques cas, lorsque l’environnement est menacé par un projet, par exemple. Les mobilisations de Sivens et de Roybon ont d’ailleurs démontré que les prétentions des zadistes pouvaient déboucher sur l’abandon, par la personne publique, des chantiers engagés.

A l’inverse, d’autres voix s’élèvent pour critiquer ce mode de participation à la vie publique, peu traditionnel et qui ne permet pas de véritables échanges. Les ZAD, d’après celles-ci, peuvent même représenter une source de danger, de nombreux excès en tout genre ayant pu être répertoriés sur ces lieux. « Plutôt que de mettre en avant la violence zadiste », s’agace Florent Compain, président des Amis de la Terre, il faudrait «se poser la question de savoir pourquoi se développe cette radicalité». Il l’assure : « Le sentiment d’injustice et la répétition des humiliations face aux forces de l’ordre poussent à la radicalisation car, pour beaucoup, et de plus en plus de jeunes, c’est le seul moyen de créer un rapport de force face à des politiques qui donnent l’impression d’obéir aux multinationales.»

Des ZAD comme exemples de lutte idéologique

C’est en 2012, sur le site du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) soutenu par le Premier ministre d’alors, Jean-Marc Ayrault, qu’est née la première « zone à défendre », terme inventé par des militants en se servant des mêmes initiales que l’administrative « zone d’aménagement différé ». Depuis, deux autres véritables ZAD ont émergé en France, à Sivens (Tarn) – contre un barrage, qui a été abandonné – et à Roybon.

Au cœur de la forêt iséroise, il n’y aura pas de Center Parcs. Pas pour l’instant, en tout cas. Le 23 octobre 2017, le Conseil d’Etat, la plus haute juridiction administrative en France, a rejeté le pourvoi que la communauté de communes Bièvre Isère avait effectué contre une précédente décision juridique, qui lui refusait le droit de construire le parc aquatique. Objet de nombreux recours depuis son lancement en 2007, le projet du Center Parcs de Roybon (Isère), d’un montant de 390 millions d’euros, devait permettre la création d’environ 500 emplois, et tenait particulièrement à cœur à plusieurs maires alentours.

Problème : la future installation aurait entrainé la destruction de zones humides et contrevenait ainsi à la loi sur l’eau, entre autres. C’est ce qu’a reconnu le juge administratif suprême, validant de facto la requête des principaux opposants au projet : des habitants de la région, qui avaient décidé d’occuper le terrain en 2014, jusqu’à établir de véritables camps pour y vivre. Une méthode de contestation et de mobilisation bien connue, depuis quelques années, des pouvoirs publics. Qui redoutent que se constituent des « zones à défendre » (ZAD) partout où un projet industriel ou commercial se dessine et fait polémique – la plupart du temps, pour des raisons écologiques.

Mais d’autres occupations militantes pourraient également mériter cette appellation, comme en Avignon (Vaucluse) et à Bure (Meuse), où des dizaines de personnes s’élèvent contre un projet d’autoroute, dans le premier cas, et un futur site de stockage en profondeur de déchets nucléaires dans le deuxième cas.

Le cas plus spécifique de Cigéo

La zone de Bure, au cœur de l’actualité et particulièrement sensible, permet de se pencher sur cette problématique démocratique. D’après plusieurs estimations et, notamment, les chiffres de l’Inventaire national réalisé en 2015 par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), ces derniers augmenteront à partir de 2020, une fois que le démantèlement progressif des centrales nucléaires sera entamé ; fin 2035, la France aura ainsi à gérer quelque 2,5 millions de mètres cubes de déchets. Pour les stocker sur le long terme ? Jeudi 9 novembre dernier, le ministre de la Transition énergétique, Nicolas Hulot, a déclaré que le Centre industriel de stockage géologique (Cigéo), dont la mise en œuvre industrielle doit intervenir en 2025, représentait « la moins mauvaise des solutions », s’attirant l’ire des opposants au projet.

Ces derniers, depuis qu’ils ont créé un camp autogéré en 2015 – où les journalistes sont rarement les bienvenus –, soutiennent qu’un stockage en surface est possible. Et ce malgré les études scientifiques réalisées et les avis contraires de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de l’Andra, représentant de l’Etat à Bure qui planche sur le sujet depuis 1987. Le stockage en profondeur des déchets, véritable pierre d’achoppement entre les deux parties, a pourtant été préconisé dès 1999, dans un décret où avait été mis en avant l’environnement argileux naturellement isolant du sous-sol de la région.

Problème : alors qu’un débat constructif aurait pu s’installer, il y a deux ans, entre les zadistes et les porteurs du projet Cigéo, les premiers choisissent régulièrement la manière forte pour se faire entendre. Comme en juin 2017, lorsqu’une poignée d’opposants présumés a tenté de mettre le feu à un hôtel-restaurant qui accueillait des employés de l’Andra ; ce qu’ils souhaitaient : « envoyer un message très fort, on ne veut pas de l’Agence dans le territoire, on ne veut pas que ses cadres soient logés et restaurés dans le territoire », expliquait l’un d’entre eux sur France Bleu. Les ZAD, vecteurs de radicalisation idéologique ? C’est ce que regrettent certains.

“Leurres juridiques”

« Face à cette situation, l’Andra ne veut ni entrer en guerre ni relâcher ses efforts, mais cherche à retrouver une situation d’apaisement » précisait l’édition printemps-été 2017 du Journal de l’Andra. « La question n’est plus de se positionner pour ou contre le stockage géologique mais de mener à bien le projet Cigéo dans un dialogue constructif et démocratique avec toutes les parties prêtes à échanger avec l’Agence. » Même avec les représentants de la ZAD ? Oui, d’après David Mazoyer, directeur du Centre de Meuse/Haute-Marne. « Nous sommes à l’écoute des attentes des institutions, des élus et des populations sur ce projet. Cela nous permet de mener des concertations sur des sujets qui méritent d’être discutés afin de nous aider à faire les bons choix. »

Mais dans la Meuse, pas de discussions, donc. De manière générale, lorsqu’un débat a lieu entre zadistes et pouvoirs publics, la plupart du temps, c’est en justice. « Face à ces recours [juridiques], nous avons répondu et nous répondrons toujours par le droit en faisant valoir nos arguments au cas par cas pour nous défendre » affirmait Frédéric Launeau, directeur du projet Cigéo à l’Andra. Qui reconnaissait malgré tout que « les recours qui sont déposés sont avant tout des leurres juridiques derrière lesquels l’objectif est de faire arrêter le projet. » Celui qui est mené à Bure devrait réellement démarrer dans les années 2025. D’autres, comme le Center Parcs de Roybon, ont d’ores et déjà été arrêtés par le juge. A la plus grande satisfaction des zadistes.

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