Nucléaire : la sûreté des centrales françaises au centre des préoccupations 

Publication: 13/06/2016

A l’heure où l’hypothèse d’une prolongation d’activité des réacteurs nucléaires français se dessine, la question de la sûreté et de la sécurité au sein de nos centrales est plus que jamais d’actualité. Dans son dernier rapport présenté au Parlement le 25 mai dernier, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) assure que la sûreté d’exploitation des installations nucléaires s’est maintenue à un bon niveau en France en 2015. Des conclusions rassurantes qui découlent, de la part du gouvernement, d’une véritable politique de précaution aussi bien dans les dispositifs d’intervention mis en place que dans les programmes de recherche engagés par les acteurs de la filière.  

Les actions engagées par la France

Seul et unique exploitant du parc nucléaire français, le groupe EDF est le premier responsable de la sûreté des installations nucléaires et doit mettre en œuvre les dispositions qui permettront de garantir leur bon fonctionnement, d’éviter les accidents et de gérer les éventuels incidents de manière à en minimiser les conséquences. De son côté, l’ASN est chargée en tant qu’autorité administrative indépendante, de s’assurer que l’exploitant respecte les exigences de la réglementation en matière de sûreté nucléaire, et de contrôler les installations de manière régulière. Elle réalise notamment l’ensemble des examens décennaux d’exploitation et a entrepris en 2012, sur recommandation de l’Union Européenne, un audit de l’ensemble du parc nucléaire français.

Si la France dispose déjà d’un cadre réglementaire stricte et jouit d’une très bonne réputation à l’international en matière de sûreté, de sécurité et de radioprotection, le tsunami qui frappa la centrale japonaise de Fukushima en 2011 a imposé à l’ensemble des pays exploitant l’énergie nucléaire, la prise de nouvelles précautions. “Fin 2011, l’Europe nous a demandé de réaliser des “stress-tests” dans nos centrales. Il fallait regarder comment les installations se comportaient face à des situations extrêmes. Nous avons effectué ces tests non seulement sur les réacteurs, mais aussi sur les autres installations”, explique au Journal l’Humanité, Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN.

A la suite de ce passage en revue, l’ASN préconisa alors la mise en place de “noyaux durs” regroupant un nombre limité de dispositifs matériels et organisationnels destinés à assurer les fonctions vitales pour la sûreté des installations y compris en cas d’événements extrêmes au-delà des marges de sûreté actuelles. Ces équipements complémentaires sont en cours d’installation depuis le début de l’année 2015 et comprennent pour chaque centrale, un générateur diesel d’ultime secours de grande capacité, une source d’eau ultime dédiée et un appoint d’eau ultime, et un centre de crise local capable de résister à des agressions externes extrêmes.

De son côté, le groupe EDF s’est également imposé un volet de mesures supplémentaires comme la mise en place d’un dispositif autonome et de renforcement des sources de refroidissement du réacteur, l’ajout d’un diesel supplémentaire d’ultime secours par tranche ou la création d’une force d’action rapide nucléaire (FARN) capable d’épauler les équipes pour pérenniser le refroidissement des réacteurs en cas de crise. La FARN regroupe à ce jour 300 personnes réparties sur les quatre sites de Civaux (Vienne), de Paluel (Normandie), de Dampierre (Loiret) et du Bugey (Ain).

Un objet d’étude et de recherche permanent

Mais au delà des dispositifs de sécurité et d’intervention mis en place, garantir la sûreté de nos installations passe aussi par l’optimisation permanente des matériaux et technologies utilisés. La recherche scientifique dans le domaine nucléaire est en effet pour une large part consacrée à l’analyse de la fiabilité et de la robustesse des installations face à l’usure du temps ou aux catastrophes naturelles comme les séismes ou les inondations.

Plusieurs études sont en cours actuellement sur les conséquences en termes de sûreté du vieillissement des centrales, dans le but de démontrer la résistance du béton des enceintes de confinement en cas d’exploitation prolongée à 50 ou 60 ans. L’IRSN étudie la durabilité des ouvrages en béton armé dans le cadre de son programme de recherche ODOBA, et le groupe EDF vient quant à lui d’inaugurer un nouveau réacteur expérimental miniature dans son laboratoire de La Renardière en Seine-et-Marne. Baptisé Vercors pour “VErification Réaliste du COnfinement des Réacteurs”, il permettra à l’énergéticien de mettre en œuvre des programmes d’évaluation de la qualité des ouvrages en place. Plusieurs sujets d’études seront développés comme le comportement à un jeune âge du béton, l’évolution de l’étanchéité des enceintes sous l’effet du vieillissement (les effets de la prise du temps sont environ 9 fois plus rapides sur la maquette par effet d’échelle), et le comportement dans des conditions d’accident grave, pour lesquelles le chargement thermo-mécanique est maintenu pendant plusieurs jours.

L’ASN a rappelé en parallèle qu’elle continuait actuellement d’instruire le dossier sur la poursuite d’exploitation des réacteurs de 900 MWe au-delà de leur quatrième visite décennale, c’est-à-dire après leur quarante ans de fonctionnement, et qu’un avis générique serait rendu au plus tôt fin 2018 après analyse des études restant à mener par EDF.

De son côté, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) est lui aussi fortement impliqué sur les questions de sûreté nucléaire, à la fois en tant qu’exploitant d’installations nucléaires et en tant qu’organisme de recherche. Les études qu’il entreprend dans le domaine sont menées en soutien à l’IRSN et aux exploitants nucléaires français (notamment EDF et AREVA) ou étrangers, et concernent le comportement des structures soumises à un séisme, et le comportement des réacteurs en cas d’accident grave. Ces programmes s’appuient notamment sur la modélisation numérique des phénomènes physiques et sur leur confrontation aux résultats expérimentaux, grâce à différentes installations. On peut citer ici les tables vibrantes de la plateforme Tamaris (étude des structures sous séisme), les installations Mistra (risque hydrogène), ou les plateformes expérimentales Plinius (corium) et Verdon (relâchement des produits de fission).

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