Congo : la famille de Marcel Ntsourou a refusé qu’il soit autopsié

Publication: 03/03/2017

L’ancien colonel des forces armées congolaises et numéro deux des services secrets du pays, Marcel Ntsourou, est décédé le 17 février 2017 d’un arrêt cardiaque. Il a fini ses jours en prison, à la suite d’une condamnation à perpétuité pour rébellion, détention illégale d’armes de guerre et de munitions, assassinat, coups et blessures volontaires et association de malfaiteurs. Sa famille a finalement décidé de ne pas demander d’autopsie.

« C’est autour de 11 heures que Franck Mbani, neveu de Marcel Ntsourou, codétenu de ce dernier  et qui partageait la même cellule avec lui, alerte le directeur de l’administration pénitentiaire sur la survenance d’un malaise sur la personne de Marcel Ntsourou »​, a indiqué Thierry Moungalla, ministre des Télécoms et porte-parole du gouvernement, dans un point presse donné le 22 février à Brazzaville. Le directeur de la prison est alors immédiatement appelé et, constatant l’état de santé critique du détenu, il demande son transfert exceptionnel à l’hôpital central des armées Pierre Mobengo. L’homme succombe finalement d’un arrêt cardio-respiratoire sur la route vers le centre médical. Selon le directeur central du service de santé des armées, le corps du colonel Marcel Ntsourou ne présentait aucune lésion externe apparente.

Pour autant, le procureur de la République de Brazzaville, André Oko Ngakala, ordonne à la police judiciaire d’ouvrir une enquête. Pourquoi ? On s’en fera une petite idée en s’intéressant au profil du défunt. Ntsourou était en effet une personnalité sulfureuse, ancien allié de Denis Sassou Nguesso tombé en disgrâce. Son implication dans l’explosion de la caserne de Mpila en 2012 lui a coûté sa carrière. Plusieurs autres affaires ont valu à cet ancien homme clé du régime d’être condamné à de nombreuses reprises, notamment à une peine de détention à perpétuité à la suite d’une tentative de rébellion armée en décembre 2013, déjouée après l’interpellation de plusieurs de ses partisans.

Ce décès a provoqué des réactions indignées parmi l’opposition congolaise, qui y a vu un « attentat politique ». Certains sont même allés jusqu’à faire courir des rumeurs de disparition du corps – alors que celui-ci avait été déposé à la morgue en présence de la famille du défunt – et contester l’autopsie – alors que celle-ci n’avait pas eu lieu. Ces affirmations ont créé un moment de doute, rapidement écarté par l’enquête. A ce propos, le site d’information tchadien Alwihda Info, s’est livré à une très virulente critique de l’opposition : « certains hommes politiques congolais en mal de popularité et au nom de leur rôle d’opposants, ont voulu faire de ce décès l’occasion de querelles politiciennes. Ils ont saisi l’occasion d’un triste et malheureux événement, non pour pleurer, mais pour tenter de déchirer le pays ».

Dans ce climat tendu, l’examen du corps de Marcel Ntsourou est devenu un enjeu central. Cependant, comme l’a rappelé M Mougalla à la presse, « la décision d’une autopsie appartient à la famille et la famille seulement ». Il a également rappelé que le gouvernement était « tout à fait favorable » à celle-ci, si la « volonté expresse » des proches du défunt se manifestait. Une précision qui a permis d’écarter une autre rumeur circulant à Brazzaville, prétendant que le gouvernement s’opposait à l’autopsie – en fait, c’est le conseil de famille du colonel qui a décidé de ne pas procéder à cette opération, afin de « conserver le corps intact ». Selon les proches de la victimes, un examen en détail du corps était « indigne aux mœurs et coutumes de la famille ». Sans élément probant de suspicions, ces derniers ont décidé qu’une telle procédure n’était pas nécessaire.

Le 25 février, Bamba Basile et Ambiene Hubert, représentants du conseil de famille du défunt, ont pu confirmer toutes les informations avancées par le gouvernement au cours des derniers jours. Un dénouement qui a apaisé les esprits. L’inhumation a finalement pu avoir lieu dans le calme, le 28 février dernier, à Lagué, dans le département de la Lékoumou. Elle s’est faite dans les traditions bantoues, sous la direction de la famille de Marcel Ntsourou.

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